Guerre Iran-Israël : pourquoi je vois l’Occident s’enfoncer dans une fuite en avant – Vlog #77

Il y a des moments où écrire devient une manière de ne pas perdre pied. Ce vlog, je l’ai rédigé dans cet état-là. Non pas pour jouer au prophète, encore moins pour singer les experts de plateau qui débitent leurs certitudes comme on vide une boîte de conserve, mais pour tenter de mettre un peu d’ordre dans un monde qui, lui, ne s’embarrasse plus de mesure.

Les choses vont si vite qu’entre le moment où j’écris ces lignes, celui où je les enregistre et celui où vous les lisez, une partie du décor a déjà changé. Un pseudo-accord entre Washington et Téhéran un jour, une menace de reprise des hostilités le lendemain, une capitale européenne qui s’indigne, une autre qui se tait, et au milieu de tout cela une impression qui ne me quitte plus : la parole occidentale s’est dévaluée. Pas seulement affaiblie. Dévaluée. Comme une monnaie usée par trop de manipulations, trop de mensonges, trop de guerres menées au nom du droit pour mieux le piétiner.

Synthèse des thématiques : dans cet article, je reviens sur cinq lignes de fracture qui me semblent décisives : l’effondrement de la crédibilité occidentale, le rôle du sionisme révisionniste dans la radicalisation israélienne, l’exception espagnole au sein du bloc occidental, la centralité symbolique d’al-Aqsa pour le monde musulman, et enfin l’impasse stratégique d’une Europe qui continue de parler de la Russie tout en regardant le feu se propager ailleurs.

La parole occidentale ne vaut plus ce qu’elle prétend valoir

Ce qui me frappe d’abord, c’est moins la violence des événements que leur mécanique morale. On négocie sous la menace, on bombarde au nom de la paix, on jure vouloir stabiliser une région tout en l’ouvrant à de nouveaux gouffres. L’Occident géopolitique — j’entends par là l’Europe, les États-Unis, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande — continue de parler comme s’il incarnait encore le centre de gravité du monde. Mais ce privilège symbolique s’use à vue d’œil.

Je n’écris pas cela par goût du renversement, ni par détestation abstraite de l’Occident. J’en viens. J’y vis. J’en parle depuis l’intérieur. Mais précisément : c’est parce que j’en viens que je vois le discrédit monter. Trop d’interventions sans lendemain, trop de doubles standards, trop de sermons à géométrie variable. On invoque le droit quand il sert son camp, on l’oublie quand il gêne. On parle de sécurité tout en ajoutant partout les conditions de l’insécurité.

La conséquence est terrible : lorsqu’un accord est annoncé entre Washington et Téhéran, plus personne n’y croit vraiment. Pas parce que tout le monde serait cynique, mais parce que l’expérience a parlé avant les chancelleries. Le soupçon est devenu la langue commune de ce temps.

« La parole occidentale s’est démonétisée. »

Je n’emploie pas cette formule à la légère. Elle ne signifie pas que tout ce qui vient d’Occident est faux. Elle signifie quelque chose de plus grave : même le vrai n’y est plus cru.

Israël : nommer le sionisme révisionniste pour comprendre la dérive

Il faut ensuite regarder un autre point, plus inflammable encore : ce qui se joue aujourd’hui en Israël ne peut pas, selon moi, être compris si l’on réduit tout au mot « sionisme » comme à un bloc monolithique. Ce serait intellectuellement paresseux, et politiquement dangereux. Car tout mélanger, c’est préparer le terrain à toutes les confusions, y compris les plus ignobles.

Le courant qui me semble peser aujourd’hui sur la ligne de Benjamin Netanyahou relève bien davantage du sionisme révisionniste que du sionisme historique au sens le plus classique. Cette nuance n’est pas une coquetterie universitaire. C’est une clé de lecture. Elle permet de comprendre comment la logique de défense nationale a glissé, chez certains, vers une logique d’expansion, d’écrasement et de surenchère existentielle.

Je refuse donc les raccourcis tribaux. Tous les juifs ne pensent pas Israël de la même manière. Tous les soutiens d’Israël ne soutiennent pas cette ligne. Et tous les adversaires de cette ligne ne sont pas des ennemis d’Israël. C’est même tout l’inverse : l’incapacité à distinguer les courants finit par nourrir le pire. Là aussi, la confusion n’est pas un accident ; elle est un carburant.

« Tout mélanger, c’est préparer le terrain à toutes les confusions. »

Et dans le moment où nous sommes, les confusions tuent. Elles tuent la pensée, elles tuent le débat, elles tuent parfois les peuples avant même que les bombes ne tombent.

L’Espagne, seule voix occidentale qui assume la rupture

Dans ce paysage de prudences feintes, de condamnations molles et de solidarités à trous, il y a pourtant une exception qui me frappe : l’Espagne. Je l’écris sans détour, et sans cacher non plus la part intime que cela réveille en moi. J’ai des origines espagnoles par mon père, et je dois avouer une forme de fierté à voir Madrid rompre avec la langue anesthésiée du reste du bloc occidental.

L’Espagne ne résout rien, bien sûr. Elle n’arrête pas les avions. Elle ne ferme pas à elle seule la bouche des pyromanes. Mais elle fait quelque chose de devenu rare : elle nomme. Elle dénonce, elle proteste, elle refuse d’habiller la brutalité avec les mots de la civilisation. C’est peu ? Peut-être. Mais dans un monde où la rhétorique sert souvent à blanchir l’inacceptable, c’est déjà beaucoup.

Cette singularité espagnole révèle surtout la lâcheté ambiante. Car si un État occidental peut encore parler, alors le silence des autres n’est plus une fatalité : c’est un choix.

Al-Aqsa : la ligne rouge religieuse que tout le monde connaît

Il est un autre nom que l’on prononce trop vite, comme on manipule un explosif en pensant qu’il ne partira pas : al-Aqsa. Pour les musulmans, ce lieu n’est pas un site parmi d’autres. Il est l’un des centres les plus chargés de sens de l’islam, le troisième lieu saint, une pierre vivante de mémoire, de foi et de continuité. Toucher à al-Aqsa, ce n’est pas seulement frapper Jérusalem. C’est frapper un imaginaire religieux mondial.

C’est pourquoi je regarde avec angoisse la simple possibilité d’un embrasement autour de ce lieu. Je n’ai pas besoin de jouer au scénariste du pire pour comprendre ce que signifierait une profanation, une destruction, ou même une opération ambiguë attribuée à tel ou tel camp. Le choc serait planétaire. Il dépasserait largement le cadre israélo-palestinien. Il déborderait les États. Il toucherait les foules, les consciences, les rues, les mémoires longues.

Quand on sait que les musulmans représentent environ un quart de l’humanité, on comprend que certains lieux ne sont pas seulement des lieux : ce sont des détonateurs potentiels.

« Certains lieux ne sont pas seulement des lieux : ce sont des détonateurs potentiels. »

On peut choisir de l’ignorer. On peut aussi décider, une fois encore, de découvrir trop tard ce que tout le monde savait déjà.

Turquie, OTAN, Europe : la schizophrénie stratégique

Autre contradiction que je ne parviens plus à regarder sans vertige : la Turquie fait partie de l’OTAN. L’Espagne aussi. Cela signifie qu’au sein du même ensemble politico-militaire coexistent aujourd’hui des intérêts, des lignes rouges et des perceptions du conflit qui se contredisent de plus en plus frontalement.

Et pendant que cette architecture se fissure, on continue chez nous à répéter que le danger principal, simple, unique, quasi liturgique, serait la Russie. Je ne dis pas que Moscou serait inoffensive. Je dis que la pensée stratégique européenne est devenue monomaniaque. Elle regarde un front pour ne pas voir les autres. Elle parle comme si la carte du monde n’avait qu’une seule couleur. C’est une erreur analytique, et peut-être demain une erreur historique.

Si la région bascule encore, si les lignes de confrontation se multiplient, si des alliés formels se retrouvent à des points de collision indirecte, alors l’Europe découvrira peut-être qu’elle n’a pas seulement manqué de courage. Elle a aussi manqué d’intelligence.

Pourquoi je continue ce vlog

Reste la question la plus simple, et peut-être la plus personnelle : pourquoi continuer à écrire cela ? Pourquoi ajouter ma voix à la rumeur du temps ? Pourquoi ne pas se taire, refermer la fenêtre, et laisser les commentateurs s’empoigner entre eux dans le cirque des certitudes ?

Je crois connaître la réponse. Je continue pour ne pas devenir fou dans un monde qui, lui, ne se retient plus de l’être. Écrire est devenu un geste de salubrité mentale. Non pour me purifier du chaos, mais pour lui opposer encore un peu de syntaxe, un peu de mémoire, un peu de discernement.

Je ne prétends pas sauver quoi que ce soit avec cela. Je n’ai ni les moyens d’un État, ni les réseaux d’un milliardaire, ni la puissance d’un média industriel. J’ai seulement ce que tant de machines perdent : une voix, un regard, un rythme intérieur, et ce refus obstiné de prendre le délire pour de la raison d’État.

Alors je continue. Parce qu’à défaut de pouvoir arrêter la folie du monde, je peux au moins tenter de ne pas parler sa langue.


Conclusion

Ce que je vois, ce n’est pas seulement une guerre de plus au Moyen-Orient. Je vois un effondrement de crédibilité, une radicalisation idéologique, des lignes rouges religieuses que certains manipulent comme si elles n’existaient pas, et une Europe prise entre sa servilité, sa peur et sa propre inconsistance stratégique.

Je vois surtout ceci : un monde qui ne croit plus aux mots de ceux qui prétendent encore le gouverner. Et quand la parole ne tient plus, ce sont les armes qui parlent. Toujours. Trop tôt. Trop fort. Trop longtemps.

Le pire n’est jamais certain. Mais il y a des époques où l’on sent qu’il n’a même plus besoin d’être préparé : il lui suffit d’être laissé faire.