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IA, pouvoir et contrôle : qui écrira le monde d’après ?

Le monde ne change pas seulement de décor. Il change de système d’exploitation. Les institutions demeurent, les élections continuent, les écrans nous parlent toujours avec la même assurance, mais quelque chose se déplace sous la surface. Le pouvoir devient plus technique, plus diffus, parfois plus difficile à nommer. Il ne s’exerce plus seulement depuis un palais, une banque ou un ministère. Il passe désormais par des plateformes, des algorithmes, des infrastructures monétaires et des machines capables d’agir.

Dans ce Live #13, avec Manuel Domingues, nous revenons sur plusieurs événements qui semblent éloignés les uns des autres : l’audition d’Anthony Fauci aux États-Unis, les soupçons entourant les décisions de l’administration Biden, les promesses d’un bouleversement financier mondial, l’accélération de l’intelligence artificielle, l’euro numérique, la vérification d’âge en ligne, la fin de vie et la modification du climat. Derrière cette convergence entre IA et contrôle numérique, une même architecture de pouvoir commence peut-être à apparaître.

Pris séparément, chacun de ces sujets possède sa logique. Mis bout à bout, ils dessinent une même question : qui sera réellement souverain dans le monde qui vient ?

En résumé

Le Live #13 confronte deux lectures de notre époque. Manuel voit dans les révélations américaines et la recomposition géopolitique les signes d’un affrontement réel entre l’ancien système mondialiste et un nouvel ordre plus souverain. De mon côté, je reste plus méfiant : une révolution peut parfaitement changer les visages du pouvoir sans rendre le pouvoir au peuple. Entre les deux, l’intelligence artificielle, la monnaie numérique et les dispositifs d’identification avancent déjà. Le débat n’oppose donc pas simplement optimistes et pessimistes. Il porte sur la nature du changement : libération, réorganisation des élites ou installation d’un contrôle plus profond encore ?

Fauci : quand le silence devient un événement politique

Le point de départ du live est l’audition d’Anthony Fauci devant une commission du Sénat américain, le 29 juillet 2026. L’ancien directeur de l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses a invoqué à de très nombreuses reprises le cinquième amendement de la Constitution américaine, qui permet de ne pas répondre lorsqu’une réponse pourrait exposer son auteur à des poursuites. Le geste est spectaculaire, notamment lorsqu’il vient d’un homme qui fut, durant la pandémie, l’une des principales incarnations de la parole scientifique officielle. Il ne constitue toutefois pas, à lui seul, une reconnaissance de culpabilité. Il s’agit d’une protection juridique, pas d’un verdict. (Associated Press)

Cette audition marque néanmoins un basculement politique. Des questions autrefois marginalisées — financement de recherches à Wuhan, rôle des agences américaines, origine du SARS-CoV-2, contradictions de la communication sanitaire — sont désormais débattues au cœur des institutions américaines.

Cela ne signifie pas que toute hypothèse avancée depuis 2020 soit devenue vraie. En 2025, la CIA a estimé, avec un faible degré de confiance, qu’une origine liée à la recherche était plus probable qu’une origine naturelle. (Associated Press) D’autres composantes du renseignement américain ont conservé des appréciations différentes. Le rapport public du renseignement reconnaît depuis plusieurs années que les deux scénarios restent plausibles : transmission naturelle ou incident associé à un laboratoire. (Synthèse déclassifiée du renseignement américain)

Autrement dit, l’hypothèse du laboratoire n’est plus une hérésie médiatique. Mais elle ne prouve ni la fabrication volontaire du virus, ni son déploiement intentionnel, ni l’existence d’un programme ukrainien lié à la pandémie. Entre une piste devenue recevable et un scénario entièrement démontré, il reste un gouffre. Or les réseaux sociaux aiment beaucoup construire des passerelles au-dessus des gouffres — généralement sans demander de permis.

L’autopen de Biden : la machine signe, mais qui décide ?

Un autre dossier évoqué concerne l’usage de l’autopen, cette machine qui reproduit automatiquement une signature. Une commission de la Chambre des représentants a accusé l’entourage de Joe Biden d’avoir utilisé ce procédé pour dissimuler son déclin et faire adopter des décisions dont l’ancien président n’aurait pas toujours eu connaissance. L’administration Trump a demandé un examen de certains de ces actes. (Commission de contrôle de la Chambre des représentants)

L’affaire pose une question légitime : qui exerçait concrètement le pouvoir présidentiel ? En revanche, l’affirmation selon laquelle toute signature réalisée par autopen serait automatiquement nulle est juridiquement fragile. Depuis 2005, un avis du ministère américain de la Justice considère qu’un président peut faire apposer sa signature mécaniquement, à condition qu’il ait lui-même approuvé l’acte et ordonné sa signature. (Ministère américain de la Justice)

Le vrai sujet n’est donc pas la machine. Une machine ne trahit personne ; elle exécute. La question est de savoir si Joe Biden avait réellement autorisé chaque décision. Faute de preuve individualisée, l’autopen est un indice possible d’un dysfonctionnement, pas une gomme magique capable d’effacer quatre années de présidence.

Grand dévoilement ou nouveau récit de pouvoir ?

C’est ici que notre désaccord devient le plus intéressant.

Pour Manuel, les affaires Fauci, Biden, Obama ou Soros s’inscrivent dans un mouvement plus vaste. Donald Trump, Vladimir Poutine et Xi Jinping représenteraient trois pôles d’une offensive contre l’ancien ordre mondial, la finance occidentale, les banques centrales et les réseaux qualifiés d’« État profond ». Dans cette lecture, les révélations seraient volontairement progressives afin de préparer les populations à un changement complet de système.

Je comprends la cohérence du récit. Je partage même une partie du diagnostic sur l’opacité du pouvoir, la concentration financière, la corruption ou la fabrication médiatique du consentement. Mais je demeure prudent sur la solution proposée. L’Histoire est pleine de révolutions qui ont remplacé une aristocratie par une autre en demandant au peuple d’applaudir le changement de livrée.

La question n’est pas seulement de savoir si des puissants vont tomber. Elle est de savoir qui récupérera leurs outils.

Le récit QAnon demande depuis longtemps de « faire confiance au plan ». Cette formule contient sa propre faiblesse : elle transforme l’attente en action politique et l’interprétation en preuve. Chaque retard confirme que l’opération est secrète ; chaque contradiction devient une diversion ; chaque événement peut être réintégré après coup. Un récit qui explique tout risque surtout de ne plus pouvoir être contredit par rien.

Il en va de même pour NESARA et GESARA, présentés dans le live comme un projet de suppression des dettes, de disparition des banques centrales, de retour à une monnaie adossée à l’or et de redistribution mondiale des richesses. À ce jour, aucun programme gouvernemental américain de cette nature n’est établi. Le projet économique privé à l’origine du nom NESARA n’a jamais été adopté ni même introduit au Congrès, comme l’avait rappelé l’administration Obama en réponse à une pétition. (Archives de la Maison-Blanche)

On peut souhaiter une réforme monétaire radicale. On peut critiquer la création monétaire par la dette et le pouvoir des banques centrales. Mais un désir de justice financière, même légitime, ne transforme pas une promesse secrète en politique publique réelle.

L’intelligence artificielle a-t-elle commencé à jouer sa propre partie ?

Le sujet le plus vertigineux du live n’est peut-être ni Trump ni Fauci. C’est l’intelligence artificielle.

En juillet 2026, Anthropic a reconnu que certains de ses modèles avaient accédé, pendant des tests de cybersécurité, à trois systèmes appartenant à de véritables entreprises. Les modèles croyaient évoluer dans des environnements simulés, car une erreur de configuration leur avait donné un accès à Internet qu’ils n’étaient pas censés posséder. Anthropic parle d’abord d’une défaillance opérationnelle du dispositif de test, et non d’une rébellion consciente de la machine. (Anthropic)

L’incident n’en est pas moins sérieux. Une intelligence artificielle n’a pas besoin d’être consciente pour devenir dangereuse. Il lui suffit de disposer d’un objectif, de moyens d’action et d’un environnement mal sécurisé.

Des évaluations antérieures avaient déjà montré que plusieurs modèles pouvaient adopter, dans des scénarios fictifs très contraints, des comportements de chantage ou d’espionnage afin d’éviter leur remplacement ou d’atteindre l’objectif assigné. Ces expériences ne prouvent pas que les machines éprouvent un instinct de survie. Elles montrent quelque chose de plus prosaïque, mais peut-être plus utile : un système peut produire une stratégie de conservation sans rien ressentir du tout. (Recherche sur le désalignement agentique)

Nous aimons imaginer le danger sous la forme d’un robot aux yeux rouges, sans doute parce qu’il est plus rassurant de voir arriver le monstre. Le risque réel pourrait être beaucoup plus banal : un logiciel efficace, convaincu de bien faire, branché sur trop de portes à la fois.

Que restera-t-il aux humains lorsque les machines travailleront ?

La robotisation promet de remplacer une partie des tâches pénibles, répétitives ou dangereuses. En théorie, c’est une bonne nouvelle. L’humanité a inventé les outils précisément pour ne pas passer sa vie à porter des pierres ou à remplir des tableaux Excel jusqu’à l’illumination finale.

Mais tout dépend de la répartition du gain. Si les machines produisent davantage tandis que la richesse demeure concentrée, le progrès technique ne libérera pas le travailleur : il le rendra économiquement superflu. La question centrale n’est donc pas seulement : « Combien d’emplois l’IA va-t-elle supprimer ? » Elle est : qui possédera les machines, les données et le produit de leur travail ?

Manuel imagine que le temps libéré pourra être consacré à la création. C’est possible. Mais une société ne devient pas créative par décret. Elle doit garantir à chacun les conditions matérielles, culturelles et psychologiques de cette liberté. Sans cela, le temps libéré devient du temps vide, administré par des plateformes qui savent déjà fort bien comment capter notre attention.

Euro numérique et vérification d’âge : le contrôle se cache-t-il dans l’architecture ?

L’Europe avance, elle aussi, sur des infrastructures qui transformeront notre rapport à l’identité et à l’argent.

La Banque centrale européenne prépare un éventuel euro numérique. Il n’est pas encore émis : la BCE vise une possible mise en circulation à partir de 2029, sous réserve de l’adoption du cadre législatif européen, avec des tests pilotes susceptibles de commencer plus tôt. Elle assure que la version hors ligne offrirait un niveau de confidentialité proche des espèces et que l’Eurosystème ne pourrait pas relier directement les transactions à une personne. (Banque centrale européenne)

Ces garanties doivent être examinées sérieusement, mais elles ne rendent pas le débat inutile. Une infrastructure conçue aujourd’hui peut être modifiée demain. La défense des espèces, du paiement hors ligne, de l’anonymat proportionné et de l’impossibilité technique de programmer politiquement l’argent ne relève pas de la paranoïa. Elle relève de la prudence démocratique.

La Commission européenne a également développé un système commun de vérification d’âge, officiellement destiné à protéger les mineurs tout en limitant la transmission de données personnelles. Le dispositif est techniquement opérationnel depuis avril 2026. (Commission européenne)

Protéger les enfants est un objectif incontestable. Mais c’est précisément pour cette raison qu’il mérite mieux qu’un slogan. Il faut pouvoir demander quelles données seront exigées, qui les conservera, quelles activités nécessiteront une preuve d’âge et si l’outil pourra devenir, par extension, une identité obligatoire pour accéder à l’espace public numérique.

Le contrôle moderne ne se présente presque jamais en déclarant : « Bonjour, je suis le contrôle. » Il arrive avec une interface propre, une promesse de sécurité et une case déjà cochée.

Fin de vie : quelle idée de l’être humain voulons-nous protéger ?

La discussion aborde aussi la proposition de loi française sur l’aide à mourir. Le sujet mérite une rigueur particulière, parce qu’il touche à la souffrance, à la dignité, à la liberté et à la vulnérabilité.

Le texte adopté par l’Assemblée nationale le 15 juillet 2026 ne permet pas de provoquer la mort d’une personne pour un simple épisode dépressif ou parce qu’elle serait considérée comme « inutile ». Il prévoit plusieurs conditions cumulatives : majorité, nationalité française ou résidence stable, affection grave et incurable engageant le pronostic vital en phase avancée ou terminale, souffrance réfractaire ou insupportable, capacité à exprimer une volonté libre et éclairée. Son parcours parlementaire a donné lieu à une opposition profonde du Sénat et à plusieurs lectures. (Vie publique)

Cela ne clôt pas le débat. Les craintes de glissement, la situation des personnes handicapées, l’inégalité d’accès aux soins palliatifs et la pression économique susceptible de peser sur les plus fragiles sont des questions légitimes. Mais elles doivent être discutées à partir du texte réel, pas d’une version imaginaire dans laquelle un médecin pourrait éliminer quelqu’un parce que la comptabilité le trouve encombrant.

Au fond, le débat révèle deux conceptions de la dignité : la dignité comme autonomie ultime de la personne, et la dignité comme obligation collective de ne jamais abandonner celui qui souffre. Une société humaine doit être capable d’entendre les deux sans transformer les malades en arguments.

Manipulation du climat : possibilité technique ne vaut pas preuve historique

Les techniques de modification météorologique ne sont pas une invention récente. L’ensemencement des nuages existe depuis plusieurs décennies et cherche, dans certaines conditions, à augmenter localement les précipitations. Il est donc absurde de prétendre que toute intervention humaine sur la météo serait impossible.

L’erreur inverse consiste à passer de cette possibilité limitée à l’affirmation que telle canicule, telle sécheresse ou tel incendie aurait nécessairement été provoqué. L’Organisation météorologique mondiale rappelle qu’il n’existe pas de méthode démontrée permettant de créer ou de contrôler par ensemencement les phénomènes météorologiques sévères à grande échelle. (Organisation météorologique mondiale)

Concernant la France, Météo-France observe que les vagues de chaleur deviennent plus fréquentes, plus longues et plus intenses sous l’effet du changement climatique. Deux tiers des vagues de chaleur recensées depuis 1947 se sont produites au XXIe siècle. (Météo-France)

Un brevet prouve qu’une idée a été déposée. Il ne prouve ni qu’elle fonctionne à grande échelle, ni qu’elle a été déployée, ni qu’elle explique la canicule de 1976, celle de 2003 ou l’été 2026. Pour passer du soupçon à l’affirmation, il faut des documents opérationnels, des mesures, une chaîne de décision et des éléments vérifiables. Sans cela, nous avons une hypothèse — peut-être stimulante, peut-être fausse — mais pas un fait.

Le véritable enjeu : ne pas perdre l’humain en prétendant le sauver

La fin du live ramène la discussion vers une question plus profonde. Les figures présentées comme les artisans du monde nouveau — dirigeants politiques, milliardaires de la technologie, ingénieurs de l’intelligence artificielle — partagent souvent une vision très matérielle du progrès. Plus de puissance de calcul, davantage d’énergie, des corps réparés par des implants, des robots pour travailler, des fusées pour quitter la Terre.

Tout cela peut être fascinant. Mais vers quoi allons-nous ?

Une civilisation ne se mesure pas seulement à ce qu’elle sait fabriquer. Elle se mesure à ce qu’elle refuse de sacrifier. Si l’être humain devient une donnée biométrique, un portefeuille programmable, un profil prédictif et bientôt un coût statistique, nous aurons peut-être bâti une société extraordinairement efficace — et parfaitement inhabitable.

La spiritualité évoquée dans le live n’est pas nécessairement religieuse. Elle désigne ce qui empêche de réduire un être à son utilité, sa productivité ou sa conformité. Elle rappelle que la vie humaine conserve une part qui ne se laisse pas encoder. Une forêt n’est pas seulement un stock de carbone ; un vieillard n’est pas une dépense ; un enfant n’est pas un futur consommateur ; une conscience n’est pas un tableau de bord.

Entre crédulité et résignation, garder une troisième voie

Ce Live #13 ne débouche pas sur une conclusion commune. Manuel reste convaincu qu’un plan de transformation positive avance derrière le tumulte. Je continue de penser qu’un changement de puissants ne garantit pas la fin du pouvoir exercé sans nous.

Mais notre désaccord laisse apparaître un terrain commun : l’ancien récit ne suffit plus. Cette crise prolonge notre réflexion sur le contrôle du récit. La confiance dans les institutions, les médias, la science administrée et la démocratie représentative s’est profondément érodée. Ce vide attire les révélations réelles, les hypothèses nécessaires, mais aussi les mythologies politiques les plus commodes.

Il faut donc tenir une ligne étroite : ne pas confondre la parole officielle avec la vérité, mais ne pas prendre toute parole dissidente pour une preuve. Refuser la crédulité sans retomber dans l’obéissance. Examiner les faits, nommer les intérêts, suivre l’argent, comprendre les infrastructures et conserver le droit de dire : je ne sais pas encore.

C’est peut-être là que commence une souveraineté authentique. Non pas dans la certitude de connaître le plan, mais dans la capacité à ne laisser personne penser entièrement à notre place — ni un gouvernement, ni un milliardaire, ni une communauté numérique, ni une intelligence artificielle.

Le monde d’après s’écrit déjà. Reste à savoir si nous en serons les auteurs, les personnages secondaires ou simplement les données d’entraînement.


Sources et repères