Verticales de l’Été 2025 – Épisode 40 | La Granède : 6000 ans sur un rocher

L’actualité est lourde. Trop lourde parfois.
Alors j’ai préféré prendre de la hauteur.
Au sens propre comme au figuré.

Cette semaine, j’ai quitté les débats, les rumeurs, les écrans…
Pour grimper sur un éperon rocheux, à quelques minutes de Millau, un lieu discret mais habité par plus de six millénaires d’histoire.
La Granède.

📍 Un promontoire qui regarde loin

Quand on est là-haut, on domine la vallée du Tarn.
On voit loin, mais on sent aussi le poids du temps.

Des humains vivent ici depuis plus de 6000 ans.
Au Néolithique moyen, vers 4000 av. J.-C., des groupes s’installent, taillent le silex, cuisent la terre.
Ils laissent derrière eux des poteries chasséennes, des traces modestes mais tenaces.

Et je marche là, sur ces mêmes cailloux.
Eux avaient déjà choisi cette crête, pour sa protection naturelle.
Nous, aujourd’hui, on y monte pour prendre le large.


🛡️ Trois remparts, trois époques

À l’âge du Bronze, La Granède se fortifie.
Les archéologues y ont retrouvé trois lignes de remparts successives.
Un foyer daté du Bronze final, des céramiques décorées, des vestiges qui racontent la montée en puissance de ce lieu.
Ce n’était pas un hameau oublié, c’était un site stratégique.

En grattant la terre, on lit l’histoire comme dans une bande dessinée sans bulles :
le calcaire, les dolines, les couches fines… et tout ce que le vent n’a pas emporté.


🏛 Un sanctuaire gallo-romain

Quand Rome s’étend, La Granède se transforme.
On y bâtit un sanctuaire, fréquenté entre le Ier et le IIe siècle.
Des statuettes, des monnaies, des bassins rituels.
Les fouilles ont révélé un monde de croyances, de gestes répétés, d’offrandes précises.

Ici, le sacré ne s’est jamais interrompu. Il a simplement changé de forme.


✝️ Une église sur un temple

Au Ve siècle, Rome s’effondre, mais le lieu continue d’exister.
On construit une église paléochrétienne, directement sur les fondations du sanctuaire païen.

Une foi en chasse une autre, mais le sol reste le même.

Cette église, réutilisant pierres et symboles, marque la christianisation du territoire millavois.
C’est une transition douce, presque logique. Un glissement de monde.

🕳️ L’oubli, puis le retour

À partir du Xe siècle, la vie glisse vers la vallée.
La Granède est peu à peu abandonnée. L’église devient ferme. Puis ruine. Puis silence.

Et puis un jour, on creuse à nouveau.
Albert Carrière la décrit.
Puis Wioui Balzan mène les premières grandes fouilles dans les années 1950-60.
Et plus récemment, Christophe Saint-Pierre, de 2006 à 2017, dirige onze campagnes.
Chaque artefact est une voix retrouvée.
Chaque fragment une histoire qui résiste à l’effacement.


🧠 Et maintenant ?

J’ai appris que jusqu’à 700 personnes ont pu vivre ici à l’apogée du site.
Sept cents vies. Sept cents noms. Sept cents raisons de revenir.

La Granède est le berceau invisible de Millau.
Le vrai. Celui qui nous précède, qui nous dépasse, mais qui nous concerne encore.


🧭 Ce que je retiens

L’archéologie, c’est l’art de faire parler les morts sans déranger les vivants.
C’est une science, mais c’est aussi une poésie :
celle des strates, des tessons, des empreintes, des silences.

Et dans un monde qui hurle, ça fait du bien de réécouter ceux qui ne parlent plus.
Ils n’avaient ni réseaux sociaux, ni micro, ni vidéos.
Mais ils avaient un lieu.
Et ce lieu, c’est encore le nôtre.

Christophe
pour matetleweb.com