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L’Ermite — marcher à son rythme dans un monde pressé | Vlog #88

Vlog 88 — Arcane IX : L’Ermite.

Cette fois, je ne suis pas dans le vlog.

Enfin, pas exactement.

À l’écran, il n’y a que Mat.

Mat devant ses ordinateurs. Mat dans la rue. Mat parmi les autres. Mat dans une bibliothèque. Mat devant un feu. Mat dans la forêt.

Et pourtant, rarement un vlog aura été aussi personnel.

https://youtu.be/SrSQzsgXRwk

Il regarde le monde

Le film commence devant deux écrans.

C’est probablement l’endroit le plus logique pour commencer.

Une grande partie de ma vie passe désormais par là : informations, images, discussions, vidéos, idées, contradictions, gens qui expliquent le monde et gens qui expliquent pourquoi les premiers se trompent.

On peut passer des journées entières à regarder.

Et finir par oublier une chose assez élémentaire : le monde existe aussi derrière la porte.

Dans le film, Mat finit donc par éteindre ses écrans.

Puis il sort.

Cela paraît dérisoire.

Mais toutes les traversées ne commencent pas au sommet d’une montagne.

Certaines commencent au rez-de-chaussée.

Le monde va vite

Dehors, Mat marche lentement.

Autour de lui, les autres passent.

Il y a quelque chose qui m’intéresse de plus en plus dans cette différence de rythme.

Nous vivons dans un monde qui nous demande constamment d’aller plus vite.

Comprendre vite.
Réagir vite.
Choisir vite.
Produire vite.
Avoir un avis vite.

Même le doute semble parfois devoir être livré dans les délais.

Longtemps, j’ai considéré ma propre lenteur comme une faiblesse.

Aujourd’hui, je n’en suis plus aussi certain.

Marcher lentement permet quelquefois de voir des choses que l’on ne voit plus lorsque l’on passe son temps à courir.

Chercher

L’Ermite est aussi celui qui cherche.

C’est probablement là que cette carte me touche le plus.

J’ai cherché toute ma vie.

Dans les livres.
Dans les idées.
Dans les récits.
Dans les gens.
Sur Internet aussi, évidemment.

Pendant longtemps, j’ai sans doute imaginé qu’à force de chercher quelque chose finirait par apparaître.

Une réponse.

Une cohérence.

Peut-être même ce mot immense que l’on prononce beaucoup trop facilement : la vérité.

Avec le temps, je suis devenu beaucoup plus prudent.

Je ne crois pas avoir trouvé la vérité.

Je ne suis même plus certain que la recherche fonctionne ainsi.

Peut-être que chercher consiste moins à trouver une réponse définitive qu’à apprendre à regarder encore.

Y compris celui qui regarde.

S’éloigner un peu

C’est là que Mat rejoint la forêt.

Il s’assoit devant un feu.

Il fait griller un chamallow.

Parce qu’un ermite n’est pas obligé de passer sa soirée à contempler gravement l’infini.

Il peut aussi brûler son chamallow.

Ce passage résume assez bien ce que j’aime dans cette figure.

Je ne vois pas l’Ermite comme celui qui hait le monde ou qui décide de le fuir.

Il s’en éloigne peut-être simplement suffisamment pour pouvoir le regarder autrement.

Il existe des endroits où le bruit fournit énormément de réponses.

Le silence, lui, a parfois cette étrange qualité : il pose de meilleures questions.

Une petite lumière

La lanterne traverse tout le film.

Elle n’est jamais très puissante.

Et c’est précisément ce qui m’intéresse.

Nous aimerions souvent disposer d’un projecteur capable d’éclairer toute la route.

Savoir où nous allons.

Comprendre ce qui va arriver.

Disposer d’une carte parfaitement dessinée.

Mais une lanterne ne fonctionne pas comme ça.

Elle éclaire quelques mètres.

Parfois seulement le prochain pas.

Je crois que mon rapport à l’intelligence artificielle ressemble aussi beaucoup à cela.

J’apprends.

J’expérimente.

Je découvre.

L’IA ne m’a pas donné une réponse générale au monde. Elle m’a plutôt permis d’avancer de quelques pas supplémentaires dans certaines directions.

Et lorsque ces quelques mètres sont éclairés, il reste encore tout le reste.

C’est très bien comme ça.

Lentement, mais librement

À la fin du film, la nuit commence à disparaître.

Mat marche toujours.

La forêt s’ouvre.

Le jour arrive.

Il n’y a pas de révélation.

Pas de sommet.

Pas de réponse cachée derrière les arbres.

Et je tenais beaucoup à cela.

L’Ermite ne termine pas son chemin parce qu’il aurait enfin compris.

Il continue.

Dans les dernières images, la caméra s’éloigne de lui.

Il devient de plus en plus petit dans le paysage.

Quelque part, cette image résume assez bien ce que je voulais raconter avec ce quatre-vingt-huitième vlog.

Nous sommes minuscules devant tout ce que nous ne comprenons pas.

Cela pourrait être inquiétant.

Je trouve cela plutôt rassurant.

Il reste donc encore quelque chose à chercher.


« Je ne sais toujours pas où mène le chemin.
C’est rassurant.
J’aurais été déçu d’avoir déjà fini. »

Vlog 88 — L’Ermite, Arcane IX

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