MAT ET LE WEB — OBSERVATOIRE INCARNÉ DU WEB

Facebook, X et IA : vérifier l’information plutôt que la partager — Live #16

Le Live #16 de Mat et le Web ne s’est finalement pas déroulé comme prévu. Manuel étant absent, j’ai profité de l’occasion pour tenter une première émission en solo. Un format plus court, presque expérimental, qui m’a conduit vers une question devenue essentielle : comment savoir si ce que nous voyons passer sur les réseaux sociaux est vrai ?

Nos fils d’actualité sont désormais remplis d’images, de vidéos, de captures d’écran et d’affirmations dont l’origine devient parfois difficile à déterminer. Certaines sont authentiques, d’autres sorties de leur contexte, d’autres encore entièrement fabriquées ou modifiées.

X et Grok : l’IA comme outil de vérification

C’est l’une des possibilités intéressantes offertes aujourd’hui par l’intelligence artificielle. Lorsqu’une publication semble douteuse, il devient possible de demander à un outil comme Grok de rechercher son origine, de confronter plusieurs sources et d’apporter du contexte.

Évidemment, cela ne transforme pas l’IA en machine à produire automatiquement la vérité. Elle peut se tromper, manquer une source ou interpréter abusivement une situation.

Pendant le live, je prends notamment l’exemple d’une vidéo concernant Gabriel Attal. Une attitude peut donner lieu à toutes sortes d’interprétations, mais quelques secondes d’images ne permettent pas nécessairement de savoir ce qui s’est réellement passé.

La règle reste donc assez simple : dire ce que l’on sait, mais aussi reconnaître ce que l’on ne sait pas.

Le faux message Facebook qui supprimerait les pubs

Autre exemple abordé pendant ce live : ce message qui circule régulièrement sur Facebook et qui affirme qu’il suffirait de le copier sur son profil pour empêcher Meta d’utiliser nos photos, supprimer les publicités ou interdire à l’intelligence artificielle d’exploiter nos données.

C’est faux.

Publier une déclaration sur son mur Facebook ne modifie pas les conditions d’utilisation acceptées auprès de Meta et ne fait évidemment pas disparaître les publicités.

Il existe néanmoins un petit fond de vérité qui rend cette nouvelle version du canular plus crédible : en Europe, les utilisateurs disposent effectivement de certains droits d’opposition concernant l’utilisation de données publiques pour l’entraînement des systèmes d’intelligence artificielle de Meta. Mais cette démarche passe par les procédures officielles prévues par l’entreprise, pas par un texte copié-collé sur son mur.

Le canular numérique ressemble finalement beaucoup aux anciennes chaînes de lettres : le support change, le mécanisme reste remarquablement vivace.

Patrick Bruel, Dieudonné et les 7 500 euros

Une autre image circulant sur les réseaux prétendait établir un parallèle entre Patrick Bruel et Dieudonné, en affirmant notamment que des spectateurs risquaient 7 500 euros d’amende en assistant à leurs représentations malgré une interdiction préfectorale.

Là encore, la vérification permet de séparer plusieurs réalités.

Concernant Patrick Bruel, je n’ai trouvé aucune interdiction de concert par le préfet de Paris accompagnée d’une telle sanction pour les spectateurs. L’affirmation relayée par le visuel est donc fausse.

Concernant Dieudonné, en revanche, une interdiction préfectorale de spectacle dans les Alpes-Maritimes a bien existé et les participants pouvaient être verbalisés.

Mais les fameux 7 500 euros ne correspondent pas à l’amende encourue par chaque spectateur. Ce montant concerne notamment l’organisation d’une manifestation interdite. Pour un participant, il est question d’une sanction nettement inférieure.

Nous avons donc un exemple assez parfait de désinformation contemporaine : prendre un élément réel, lui ajouter un chiffre réel mais déplacé, fabriquer une comparaison et assembler le tout dans une image suffisamment convaincante pour circuler massivement.

Vérifier ne signifie pas croire l’IA

C’est peut-être finalement le principal enseignement de ce Live #16.

L’intelligence artificielle peut devenir un formidable outil pour retrouver une source, rechercher un document, confronter différentes versions ou découvrir qu’une publication virale raconte une histoire beaucoup plus compliquée qu’elle n’en a l’air.

Mais remplacer la confiance aveugle dans Facebook par une confiance aveugle dans une IA ne constituerait pas exactement un progrès spectaculaire.

L’outil intéressant n’est pas celui qui nous dit quoi penser. C’est celui qui nous aide à poser une meilleure question.

Face à une information spectaculaire, quelques réflexes restent précieux : d’où vient-elle ? Existe-t-il une source originale ? Que disent réellement les documents disponibles ? Quelle partie relève du fait, et laquelle relève de l’interprétation ?

À l’heure où humains, algorithmes et intelligences artificielles produisent ensemble un brouillard informationnel de plus en plus dense, apprendre à vérifier devient peut-être moins une compétence numérique qu’une forme élémentaire d’hygiène intellectuelle.

Et pour un premier Live en solo, ce n’était finalement pas un si mauvais terrain d’expérimentation.