Verticales de l’Été 2025 – Épisode 48 | Des rats et des hommes : une fable sur l’intelligence artificielle

À travers une expérience scientifique de 1939 et une métaphore animalière, je vous invite à réfléchir à l’impact d’une technologie radicale sur l’équilibre d’une société. Quand le rat cyborg entre dans la cage, c’est notre rapport au travail, à la répartition des richesses et à l’IA qui se trouve remis en question.

Résumé des épisodes précédents

Les Verticales de l’été poursuivent leur exploration d’histoires, de rencontres et de réflexions qui lient le local au global. Des récits intimes aux grands enjeux contemporains, nous avons traversé patrimoine, mémoire collective, art, politique et géopolitique. Aujourd’hui, c’est une fable scientifique qui sert de prisme pour interroger notre époque.


Article

L’expérience de 1939 : trois rats et un levier

En 1939, une équipe américaine réalise une expérience intitulée : « Un problème social produit expérimentalement chez les rats ».
Une pièce close. Un levier qui, lorsqu’on l’actionne, déclenche une lumière rouge et promet une récompense. Trois rats connaissent la mécanique.
Mais mis ensemble, les tensions surgissent. Le rat qui actionne le levier ne profite pas directement de son effort : les deux autres se servent avant lui.
Frustration, dépression, colère… jusqu’à ce que le rat numéro trois trouve un compromis : actionner le levier, manger les restes. Une société de classes vient de naître.


La métaphore de nos sociétés humaines

Cette expérience miniature reflète notre propre organisation sociale : une hiérarchie implicite, un partage inégal des fruits du travail, et un statu quo qui perdure tant qu’aucune innovation ne bouleverse l’équilibre.

Quand le rat cyborg entre dans la cage

J’imagine alors l’arrivée d’un quatrième rat : un rat cyborg.
Après avoir observé, il remplace le rat numéro trois dans sa tâche.
Le rat humain n°3, désormais au chômage, rejoint les deux autres pour se nourrir… à condition que ceux-ci acceptent de partager. Mais le rat cyborg, lui, n’est pas motivé par l’empathie ou l’ambition : il suit une logique froide. Il produit, mais ne redistribue pas.
La société devient plus efficace, mais aussi plus inégalitaire.


Et si c’était l’intelligence artificielle ?

Sundar Pichai, PDG de Google, compare l’IA au feu ou à l’électricité.
Comme ces découvertes, elle transforme tout. Mais à la différence du feu, elle ne nourrit pas la chaleur du groupe. Elle redéfinit les rôles, déplace les équilibres, et laisse aux humains le soin – ou le fardeau – de réinventer leur façon de coexister.


La question ouverte

L’introduction d’une technologie radicale dans nos sociétés pose trois questions simples mais essentielles :

  • Qui en profite vraiment ?
  • Sommes-nous prêts à redéfinir nos rôles ?
  • Et surtout, saurons-nous adapter nos interactions pour vivre avec ces nouvelles règles du jeu ?