Le 31 octobre 2026, jour de Samhain, le voyage de Mat et le Web à travers les arcanes majeurs du Tarot de Marseille arrive à la treizième lame. L’Arcane sans nom, souvent appelé « la Mort », pose une question qui dépasse le tarot : que signifie se transformer quand on ne choisit pas ce qui nous arrive ? Dans ce Vlog 92, Christophe Sola relie deux expériences personnelles, son regard sur la conscience et sa colère devant les transformations de la société.
Samhain et l’Arcane XIII : une rencontre symbolique
Samhain, fête d’origine gaélique associée au passage vers la saison sombre, évoque aussi la mémoire des morts et, dans certaines traditions et interprétations spirituelles, la frontière entre les mondes. Que la treizième lame arrive précisément le 31 octobre est, pour Christophe, une synchronicité troublante. Non une preuve du surnaturel, mais une coïncidence qui invite à interroger le passage, la perte et ce qui demeure.
L’Arcane XIII n’est pas la dernière carte du parcours. Il coupe, transforme, laisse derrière lui des formes anciennes. Pourtant, il ne promet pas que ce qui vient après sera meilleur. Cette réserve traverse toute la vidéo : mourir, perdre, changer et renaître ne sont pas des synonymes.
Bénarès : découvrir la mort sans détour
Vers l’âge de vingt ans, lors d’un voyage en Inde, Christophe se retrouve à Bénarès, aujourd’hui Varanasi. Malade depuis son arrivée, il sort un soir dans les ruelles, entend une musique rituelle et suit un cortège portant un corps jusqu’aux ghats de crémation, au bord du Gange.
Il y découvre les bûchers funéraires. Une image, simple et brutale, le marque durablement : « Les corps brûlaient comme du bois. » Pas de révélation mystique, pas de certitude sur un éventuel au-delà. Seulement la conscience très concrète que le corps appartient à la matière et qu’il finira par disparaître. Cette scène transforme son rapport à la finitude : depuis, il dit ne plus vraiment avoir peur de mourir, sans pour autant souhaiter la mort.
L’AVC : quand le corps ne répond plus
Le 25 mars 2026, une autre expérience impose une rupture. Christophe est victime d’un accident vasculaire cérébral. Il raconte une fatigue fulgurante, « comme si la batterie d’un téléphone se vidait entièrement en une seconde », puis ces mots prononcés presque spontanément : « Je vais partir. » Il demeure conscient, mais sa jambe droite cesse de répondre à sa volonté.
À Bénarès, il avait compris la fragilité matérielle du corps. Cette fois, il en éprouve la perte de contrôle. On peut décider d’un mouvement, le vouloir de toutes ses forces, et ne plus parvenir à l’accomplir. La transformation s’impose alors sans demander la permission. Reste à découvrir comment vivre et créer avec ce qui a changé.
La vie comme une pièce de théâtre
Pour penser la mort, Christophe revient à une image qui l’accompagne depuis longtemps : l’existence comme une pièce de théâtre. Chacun entre en scène, rencontre d’autres acteurs, apprend, improvise et, un jour, quitte le plateau. Les rendez-vous, les factures ou les querelles perdent soudain leur importance.
Mais que devient l’acteur lorsque le rideau tombe ? Y a-t-il des coulisses, des loges, autre chose que la scène visible ? Christophe laisse cette question ouverte. Il évoque ses intuitions spirituelles sans les présenter comme des preuves : la nature de la conscience et l’hypothèse d’une existence après la mort restent pour lui des interrogations, non des certitudes.
Qui décide des transformations de la société ?
Du corps individuel au corps social, la même question revient : qui tient la faux, et qui supporte les conséquences ? Christophe voit dans la société occidentale une accumulation de contradictions : concentration des richesses, impératif de croissance, épuisement des ressources, solitude, et maintenant intelligence artificielle et robotisation, susceptibles de bouleverser l’idée même du travail.
Il ne refuse pas la transformation. Il conteste qu’elle puisse être décidée par quelques-uns et subie par tous les autres. Une évolution choisie permet d’hésiter, de participer, parfois de revenir en arrière. Une évolution imposée peut être vécue comme une dépossession, surtout par celles et ceux qui disposent de peu de ressources pour en amortir les effets.
Son jugement sur Emmanuel Macron est sévère : il considère sa présidence comme une catastrophe pour la France, tout en se demandant si elle n’a pas révélé la distance croissante entre dirigeants et citoyens. C’est son appréciation personnelle. Derrière elle, une interrogation plus large : que devient la confiance démocratique lorsque les citoyens ont le sentiment que voter, manifester ou s’exprimer ne suffit plus à peser sur leur avenir ?
La colère ne suffit pas à dessiner l’avenir
La colère occupe une place assumée dans ce vlog. Elle peut signaler une injustice ressentie ou une limite devenue insupportable. Mais elle n’indique pas, à elle seule, ce qu’il faudrait construire. Christophe redoute que les tensions accumulées débouchent sur de nouvelles violences, tout en refusant de présenter cette issue comme inévitable.
La destruction peut être rapide ; inventer une société plus libre, plus juste et plus habitable demande du temps, des désaccords et des choix collectifs. La disparition d’un ancien ordre n’assure pas la naissance d’un monde meilleur. La métaphore de l’Arcane XIII prend ici tout son sens.
Une fin ne garantit pas un bon commencement.
Internet, la transmission et les traces qui restent
Le voyage se termine sur une question plus intime : à qui parle-t-on réellement lorsqu’on enregistre une vidéo ? Les écrans font se croiser des existences qui ne se rencontrent parfois jamais. On voit des personnes vieillir, changer, traverser des épreuves ; lorsqu’elles disparaissent, leurs images et leurs voix peuvent continuer à circuler.
Ce n’est pas une survie au sens propre, mais ce n’est pas rien : c’est une trace. Peut-être que créer, raconter et transmettre consistent aussi à laisser quelque chose qui aura un jour du sens pour une autre personne.
Après la treizième lame, le chemin continue
Entre le calme découvert à Bénarès et la colère éprouvée devant son pays, Christophe ne propose ni prophétie d’effondrement ni optimisme obligatoire. Il demeure une liberté modeste, mais réelle : continuer à observer, comprendre, apprendre et créer, même lorsque le cours des événements échappe à notre volonté.
L’Arcane sans nom rappelle que tout peut finir. Il ne dit pas ce qui viendra ensuite. Et c’est peut-être précisément pour cela qu’il nous laisse encore quelque chose à faire.
À découvrir également : Vlog 91 — Le Pendu : entre deux mondes, comment rester libre ? et Vlog 90 — La Force : colère et société fragmentée.



