Michel Maffesoli avait imaginé le retour des communautés dans une société technologiquement avancée. Dans une vidéo consacrée au « technoféodalisme », Momochi décrit un autre retour du passé : celui des fiefs, des rentes et des dépendances. Et si ces deux diagnostics racontaient les deux faces d’un même monde ?
On nous avait promis les voitures volantes.
Nous avons les abonnements mensuels, les recommandations algorithmiques, les assistants numériques, les réseaux sociaux, les plateformes de livraison, la reconnaissance faciale et des logiciels capables de mesurer une partie croissante de nos comportements.
C’est sur ce décalage que s’ouvre la vidéo de Momochi consacrée au technoféodalisme.
La technologie, constate-t-elle, est partout. Pourtant, elle ne produit pas nécessairement l’impression d’un monde devenu plus libre, plus prospère ou plus autonome.
Sa question pourrait se résumer ainsi :
Et si notre société progressait technologiquement tout en régressant dans certaines de ses structures sociales ?
Étrangement, cette interrogation entre en résonance avec une pensée qui semble pourtant très éloignée de l’univers cyberpunk : celle du sociologue Michel Maffesoli.
Depuis les années 1980, Maffesoli défend en effet une idée déroutante : le futur ne constitue pas nécessairement une rupture avec le passé. Les technologies les plus modernes peuvent au contraire favoriser le retour de formes de socialité extrêmement anciennes.
- Communautés.
- Tribus.
- Rites.
- Mythes.
- Territoires.
- Appartenances.
Maffesoli regarde ce retour depuis le bas, à hauteur des relations humaines.
Momochi, en s’appuyant notamment sur les travaux de l’économiste Cédric Durand et de Yanis Varoufakis, regarde quelque chose d’autre : l’architecture économique et politique qui se construit au-dessus de ces relations.
Et lorsqu’on superpose les deux cartes, une hypothèse apparaît.
Peut-être n’assistons-nous pas seulement au temps des tribus.
Peut-être assistons-nous simultanément au temps des fiefs.
Le futur pourrait contenir beaucoup plus de passé que prévu
L’une des croyances les plus profondément modernes est celle d’un temps linéaire.
Hier serait nécessairement moins avancé qu’aujourd’hui.
Aujourd’hui moins avancé que demain.
Le progrès technique entraînerait dans son sillage un progrès économique, politique et social.
Or Maffesoli ne raisonne précisément pas ainsi.
Dans Le Temps des tribus, publié en 1988, il décrit déjà l’émiettement du corps social, l’affaiblissement relatif des grandes appartenances et la multiplication de réseaux, petits groupes et rassemblements fondés davantage sur l’affect, l’émotion et les affinités.
Son intuition devient encore plus explicite avec un titre qui pourrait presque servir de clé à toute cette réflexion :
Imaginaire et postmodernité : synergie de l’archaïsme et du développement technologique.
Voilà une première rencontre étonnante avec Momochi.
Tous deux refusent implicitement l’équation :
technologie nouvelle = société entièrement nouvelle.
La nouveauté technique peut transporter de l’ancien.
Mais pas nécessairement le même ancien.
Chez Maffesoli revient la communauté.
Chez Momochi revient le fief.
Maffesoli voit les tribus, Momochi voit les seigneuries
Le cœur de la vidéo de Momochi apparaît lorsqu’elle introduit le concept de technoféodalisme.
Elle s’appuie principalement sur Techno-féodalisme. Critique de l’économie numérique, publié par Cédric Durand en 2020, puis sur la théorie développée par Yanis Varoufakis.
La thèse est la suivante : la numérisation ferait apparaître des mécanismes rappelant certains rapports féodaux — monopole sur un territoire, dépendance envers son propriétaire, extraction de rente et difficulté croissante à quitter l’infrastructure dont on dépend.
Momochi reprend cette métaphore.
- Amazon devient un territoire.
- AWS une infrastructure dont certaines entreprises deviennent dépendantes.
- Uber donne accès à une clientèle que le chauffeur ne possède pas.
- YouTube donne accès à une audience que le créateur ne possède pas.
- Apple et Google contrôlent les portes d’entrée de leurs écosystèmes.
La particularité de cette « terre » numérique est évidente : elle n’a ni champs, ni murailles, ni pont-levis.
Elle est faite de serveurs, de logiciels, de données, d’algorithmes et surtout d’effets de réseau.
Amazon constitue un bon exemple. Le vendeur semble entrer sur une place de marché. Pourtant, cette place appartient à celui qui en définit les règles, les conditions d’accès, les commissions et les mécanismes de visibilité.
Varoufakis pousse cette logique encore plus loin en parlant de « cloud fiefs », des fiefs numériques.
Il faut toutefois conserver une précaution importante : le concept de technoféodalisme est discuté. Certains économistes considèrent que nous n’avons nullement quitté le capitalisme, mais que nous observons plutôt une nouvelle forme particulièrement concentrée du capitalisme numérique.
La métaphore féodale n’est donc pas un diagnostic économique unanimement admis.
Mais comme outil permettant de regarder notre époque, elle devient remarquablement intéressante lorsqu’on la rapproche de Maffesoli.
Maffesoli décrit une fragmentation croissante de la société.
Momochi décrit une concentration croissante des infrastructures.
Et les deux phénomènes peuvent parfaitement se produire en même temps.
Des millions de tribus dans quelques immenses fiefs
Nous touchons ici au cœur de l’hypothèse.
Internet donne effectivement naissance à une extraordinaire diversité de communautés.
Une communauté peut se former autour :
- d’un vidéaste ;
- d’une série ;
- d’un jeu vidéo ;
- d’une musique ;
- d’une spiritualité ;
- d’une idéologie ;
- d’un sport ;
- d’un métier ;
- d’un territoire ;
- d’une technologie ;
- ou d’une passion extrêmement spécifique.
C’est presque exactement le monde des « tribus » décrit par Maffesoli.
Mais où vivent ces tribus ?
- Discord.
- Reddit.
- Facebook.
- Instagram.
- YouTube.
- TikTok.
- Telegram.
- Twitch.
- X.
Autrement dit, pour une grande partie d’entre elles, dans des espaces appartenant à des entreprises privées.
Nous obtenons donc quelque chose d’assez étrange :
une décentralisation des cultures à l’intérieur d’une centralisation des infrastructures.
Socialement : des milliers de tribus.
Techniquement : quelques grands territoires.
C’est peut-être là que Maffesoli et Momochi deviennent réellement complémentaires.
Le lien communautaire devient aussi une chaîne
Il existe dans la vidéo de Momochi un passage particulièrement intéressant lorsqu’on vient de lire Maffesoli.
Elle explique que quitter un réseau social est théoriquement possible.
Personne ne vous attache physiquement à Facebook, YouTube, Instagram ou X.
On peut cliquer sur « supprimer mon compte ».
Seulement voilà.
Quitter la plateforme signifie parfois quitter :
- ses amis ;
- ses abonnés ;
- ses clients ;
- son audience ;
- ses collègues ;
- sa communauté.
La dépendance n’est donc plus seulement technique.
Elle devient relationnelle.
Et c’est ici que l’intuition de Momochi entre presque directement en collision avec celle de Maffesoli.
Pour Maffesoli, le lien communautaire constitue précisément la grande force de la postmodernité.
Le lieu fait lien.
Pour Momochi, ce même lien peut participer au verrouillage du lieu.
Ce qui donne sa valeur à la plateforme est aussi ce qui rend difficile de la quitter.
C’est une différence essentielle entre une plateforme et un simple logiciel.
On peut remplacer relativement facilement un traitement de texte.
Beaucoup plus difficilement une communauté.
Le véritable capital du réseau n’est donc pas seulement son code.
Ce sont les relations accumulées à l’intérieur.
Et voici le piège parfait : nous construisons nous-mêmes le fief
La vidéo devient presque involontairement démonstrative lorsqu’elle aborde YouTube.
Momochi explique que les utilisateurs produisent une partie essentielle de la valeur des plateformes :
- vidéos ;
- photos ;
- publications ;
- commentaires ;
- likes ;
- interactions.
Sans cette activité, le réseau serait largement vide.
Puis, à la fin de sa propre vidéo, quelque chose d’assez révélateur se produit.
Momochi demande à son audience de partager, commenter et mettre un pouce parce que cela aide… l’algorithme.
Ce n’est pas une contradiction personnelle.
C’est presque la démonstration parfaite de la structure qu’elle dénonce.
Pour critiquer le château, il faut emprunter la route du château.
Pour dénoncer l’algorithme, il faut parfois satisfaire l’algorithme.
Tout créateur indépendant connaît plus ou moins cette situation.
Créer un public exige souvent d’habiter les plateformes.
Mais plus votre public grandit sur une plateforme, plus le coût de votre départ augmente.
Votre audience devient votre richesse.
Et simultanément votre attache.
De la « personne plurielle » au profil algorithmique
Un deuxième rapprochement est encore plus troublant.
Maffesoli décrit l’homme postmoderne comme une personne plurielle.
Nous n’appartiendrions plus à une identité unique.
Une même personne peut être simultanément amateur de musique, jardinier, croyant ou athée, supporter de rugby, collectionneur, parent, photographe, militant, joueur ou membre d’une communauté locale.
Pour Maffesoli, cette multiplicité représente une caractéristique fondamentale de la postmodernité.
Mais le numérique ajoute quelque chose qu’il avait beaucoup moins anticipé.
Toutes ces identités produisent des données.
Le mélomane écoute Spotify.
Le jardinier consulte YouTube.
Le photographe publie sur Instagram.
Le consommateur utilise Amazon.
Le voyageur Google Maps.
Chaque facette devient potentiellement mesurable.
La personne plurielle de Maffesoli produit ainsi une multitude de traces dont les systèmes algorithmiques peuvent tenter de reconstruire un profil.
Momochi insiste précisément sur cet aspect lorsqu’elle décrit des univers numériques personnalisés où deux utilisateurs ne voient plus exactement les mêmes recommandations, produits ou contenus.
Les travaux d’Antoinette Rouvroy et Thomas Berns sur la « gouvernementalité algorithmique » permettent ici de compléter le tableau : la collecte massive de données ne sert plus seulement à observer les comportements, mais peut également permettre d’adapter en permanence l’environnement informationnel proposé à l’utilisateur.
Une transformation devient alors imaginable.
Chez Maffesoli : « je suis plusieurs personnes selon les groupes auxquels j’appartiens ».
Dans l’univers algorithmique : le système tente de transformer ces différentes appartenances en probabilités comportementales.
La tribu devient donnée.
L’affinité devient signal.
L’habitude devient prédiction.
Et le profil devient un territoire économique.
Le grand paradoxe : le réenchantement peut devenir une industrie
Maffesoli voyait également Internet comme un possible instrument de réenchantement.
Les communautés numériques recréent en effet parfois :
- des rites ;
- des mythes ;
- des initiations ;
- des symboles ;
- des émotions collectives.
Regardons un fandom.
Il possède parfois ses figures tutélaires, ses récits, ses codes, ses plaisanteries incompréhensibles aux non-initiés, ses rites et même ses conflits internes.
Regardons certaines communautés politiques, financières, culturelles ou spirituelles en ligne.
On retrouve des structures comparables.
Mais Momochi ajoute la question que Maffesoli pose beaucoup moins :
Qui possède le temple ?
Si l’émotion collective se produit sur une plateforme commerciale, cette émotion peut également devenir :
- attention ;
- engagement ;
- temps de connexion ;
- données ;
- revenus publicitaires.
Le réenchantement n’est donc pas forcément l’opposé de l’économie numérique.
Il peut devenir son carburant.
Plus une communauté est émotionnellement intense, plus elle peut produire d’activité.
Et plus elle produit d’activité, plus la plateforme dispose d’informations et d’attention à exploiter économiquement.
Le miracle communautaire de Maffesoli rencontre alors la machine économique de Momochi.
Cyberpunk sans néons
La force rhétorique de la vidéo de Momochi tient également à son imaginaire cyberpunk.
Dans la science-fiction cyberpunk, une société peut posséder une technologie extraordinaire tout en connaissant :
- des inégalités considérables ;
- des corporations gigantesques ;
- une surveillance omniprésente ;
- des infrastructures dégradées ;
- une forte concentration du pouvoir.
D’où cette question assez pertinente :
Et si nous avions obtenu le cyberpunk, mais sans les néons ?
La vidéo oppose ainsi la sophistication croissante du logiciel à ce que Momochi décrit comme une forme de stagnation ou de dégradation du monde matériel.
Sur ce point encore, elle rejoint involontairement Maffesoli.
Car la postmodernité maffesolienne n’est justement pas le futurisme.
Elle ne repose plus sur la grande croyance moderne :
demain sera nécessairement meilleur parce que demain sera plus avancé.
Maffesoli parle au contraire de saturation du progressisme.
Le progrès technique continue.
Mais la croyance au Progrès s’effrite.
Nous pouvons continuer à produire des intelligences artificielles incroyablement sophistiquées tout en doutant que nos enfants vivront mieux que nous.
Nous pouvons avoir la 5G sans enthousiasme pour l’avenir.
Des voitures autonomes sans récit collectif.
Des assistants IA sans utopie.
Techniquement futuristes.
Symboliquement désabusés.
Mais sommes-nous réellement revenus au féodalisme ?
C’est ici qu’il faut résister à la beauté de la métaphore.
Car une bonne métaphore éclaire.
Une métaphore trop parfaite finit par aveugler.
Le technoféodalisme est une notion discutée.
Pour Cédric Durand, le numérique fait réapparaître des mécanismes de dépendance, de rente et de monopolisation suffisamment importants pour justifier l’analogie féodale.
Yanis Varoufakis va plus loin : il considère que le « capital-cloud » transforme profondément la logique du capitalisme et que certaines grandes plateformes fonctionnent davantage comme des territoires privés organisant leurs propres échanges.
D’autres économistes contestent cette rupture et considèrent que nous assistons plutôt à une transformation du capitalisme qu’à son remplacement.
Momochi elle-même prend d’ailleurs une précaution bienvenue à la fin de sa vidéo : elle reconnaît que le terme est contesté et ne prétend pas trancher définitivement entre technoféodalisme et nouvelle forme de capitalisme.
Le débat économique reste donc ouvert.
Mais notre question est légèrement différente.
Même si le technoféodalisme n’était pas un nouveau mode de production, la métaphore féodale pourrait rester pertinente pour décrire certains rapports de dépendance.
L’État n’a pas disparu du paysage
La vidéo de Momochi consacre également une partie importante de son raisonnement aux rapports entre plateformes et États.
Elle envisage un scénario inquiétant dans lequel la puissance publique ne constituerait plus nécessairement un contre-pouvoir aux grandes plateformes, mais pourrait également utiliser leurs infrastructures, leurs capacités de surveillance ou intervenir davantage dans leurs systèmes de données et de modération.
Cette partie demande davantage de prudence.
Le Digital Services Act européen impose effectivement des obligations aux grandes plateformes, notamment concernant la transparence, certains mécanismes de modération et les risques systémiques.
Mais présenter l’ensemble de ces réglementations comme une simple volonté étatique de contrôler les citoyens serait réducteur.
Inversement, il serait tout aussi naïf d’imaginer que la question du pouvoir numérique n’existe pas.
Le Digital Markets Act européen repose précisément sur le constat que quelques acteurs sont devenus suffisamment puissants pour être considérés comme des gatekeepers.
La situation réelle apparaît donc moins simple qu’un duel :
État contre Big Tech.
Nous avons plutôt une relation permanente faite de coopération, conflit, régulation, dépendance technologique, marchés publics, contrôle juridique et négociation.
Ce triangle — citoyens, plateformes, institutions — constitue probablement l’un des lieux où se joue une partie du futur numérique.
« Vous ne posséderez rien » : symbole ou programme ?
Momochi utilise également la célèbre formule associée au World Economic Forum :
« Je ne possède rien… »
Il faut là encore distinguer symbole et politique réelle.
Le texte original de 2016 était présenté comme une expérience de pensée proposée par la parlementaire danoise Ida Auken sur une ville de 2030 où de nombreux biens seraient devenus des services. Il ne constituait pas un programme officiel visant à supprimer la propriété privée.
Momochi le précise elle-même avant d’utiliser la formule pour parler du développement de l’économie de l’abonnement.
Et sur ce second point, son interrogation est beaucoup plus intéressante que le slogan lui-même.
- Musique.
- Films.
- Logiciels.
- Stockage.
- Automobile.
- Cloud.
- Services numériques.
Nous achetons de plus en plus souvent non pas un objet définitif mais un droit d’accès conditionnel.
Cela ne signifie évidemment pas la disparition générale de la propriété.
Mais cela déplace un rapport fondamental :
de la possession vers l’accès.
Et celui qui contrôle l’accès acquiert mécaniquement du pouvoir.
Là encore réapparaît le fief.
Tribus + fiefs : le véritable Moyen Âge numérique ?
Nous pouvons maintenant réunir les pièces.
Maffesoli avait identifié un point essentiel : le futur n’efface pas nécessairement les structures anciennes.
La modernité avait rêvé d’un individu rationnel intégré dans de grandes institutions universelles.
Internet produit aussi :
- des communautés ;
- des appartenances ;
- des émotions ;
- des mythes ;
- des rites ;
- des identités multiples.
Mais Momochi nous oblige à ajouter une deuxième couche à cette image.
Ces communautés ne flottent pas dans un cyberespace abstrait.
Elles ont besoin d’infrastructures.
Et celui qui possède l’infrastructure dispose d’un pouvoir particulier sur ceux qui l’habitent.
Au niveau social : des tribus
Au niveau culturel : des mythes et des rites
Au niveau identitaire : des appartenances multiples
Au niveau territorial : des plateformes
Au niveau économique : des rentes et des abonnements
Au niveau politique : des pouvoirs publics et privés qui se disputent ou négocient l’accès à ces infrastructures
Au niveau technologique : des algorithmes capables d’organiser ce que chacun voit
Ce n’est évidemment pas le Moyen Âge historique.
Personne n’est légalement attaché à la terre d’Amazon.
Personne ne doit demander l’autorisation d’un seigneur pour quitter Instagram.
Et comparer trop littéralement un utilisateur de réseau social à un serf médiéval ferait perdre à la métaphore toute sa valeur historique.
Mais le rapprochement permet malgré tout de percevoir quelque chose.
La modernité imaginait volontiers le progrès comme une sortie progressive des anciennes dépendances.
Le numérique pourrait au contraire produire une étrange recombinaison :
des structures sociales très anciennes, rendues possibles et administrées par des technologies extrêmement modernes.
Et c’est exactement là que Maffesoli rejoint Momochi.
Le futur n’était peut-être pas devant nous
Peut-être avons-nous simplement posé la mauvaise question pendant des décennies.
Nous demandions :
À quoi ressemblera le futur ?
En imaginant spontanément quelque chose qui n’aurait jamais existé auparavant.
Des voitures volantes.
Des villes futuristes.
Des robots.
Des architectures impossibles.
Mais l’histoire humaine fonctionne rarement comme une page blanche.
Elle recycle.
Elle transforme.
Elle superpose.
Elle rhabille parfois de vieux rapports humains avec des technologies neuves.
Michel Maffesoli avait perçu l’une de ces boucles : le retour de la communauté par la technologie.
Momochi en décrit une autre possibilité : le retour de la dépendance territoriale sous la forme des plateformes.
L’un voit les tribus.
L’autre les fiefs.
Et nous vivons peut-être précisément à leur intersection.
C’est pourquoi la question la plus intéressante n’est finalement pas :
« Sommes-nous revenus au Moyen Âge ? »
La réponse serait évidemment non.
La question est beaucoup plus inconfortable :
Quelles structures que nous pensions avoir laissées derrière nous sont en train de revenir sous des formes que leur habillage technologique nous empêche de reconnaître ?
À partir de là, notre smartphone change légèrement d’apparence.
Il reste une merveille technique.
Mais il devient également une porte.
Derrière cette porte se trouvent nos amis, nos communautés, nos commerces, nos informations, nos divertissements, nos souvenirs et parfois notre travail.
Maffesoli nous aide à comprendre pourquoi nous avons tant envie d’y entrer.
Momochi nous demande simplement de regarder à qui appartient la porte.
