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Covid : qui gouvernait vraiment la santé mondiale ?

Cinq ans après la crise du Covid, le débat ne porte plus seulement sur l’efficacité d’un masque, la pertinence d’un confinement ou l’origine du SARS-CoV-2.

Une question beaucoup plus dérangeante apparaît derrière les controverses : comment les décisions sanitaires les plus importantes de notre époque ont-elles réellement été prises ?

Par les gouvernements élus ? Par les agences sanitaires ? Par l’Organisation mondiale de la santé ? Par les scientifiques ? Ou dans un écosystème beaucoup plus complexe où se croisent États, fondations privées, laboratoires, ONG, milliardaires, experts et organisations internationales ?

C’est cette question que pose l’émission « Crime sanitaire organisé ?! », en réunissant Bill Gates, Anthony Fauci, l’OMS, Gavi, la Fondation Gates, Wellcome, le CEPI et même Jeffrey Epstein dans une même histoire.

Mais les faits sont suffisamment intéressants pour qu’il soit inutile de leur ajouter ce qu’ils ne démontrent pas.

Car le véritable problème pourrait être moins spectaculaire qu’un grand complot organisé… et beaucoup plus inquiétant : une privatisation progressive du pouvoir sanitaire mondial, sans véritable contrôle démocratique.

2019 : ce que disait réellement l’OMS avant le Covid

Un des arguments centraux avancés dans l’émission repose sur un document publié par l’OMS en 2019 concernant les mesures non pharmaceutiques utilisables contre une pandémie grippale.

La vidéo présente ce rapport comme démontrant que, sur dix-huit mesures étudiées, seules deux auraient réellement été efficaces : l’isolement des malades et la ventilation.

La réalité est plus nuancée.

Le rapport de l’OMS soulignait effectivement la faiblesse de nombreuses preuves disponibles et déconseillait certaines mesures extrêmes, notamment la fermeture générale des frontières hors circonstances exceptionnelles. Mais il recommandait aussi, parfois de manière conditionnelle, plusieurs interventions : port du masque par les personnes asymptomatiques lors de pandémies sévères, réduction des rassemblements, mesures scolaires ou distanciation selon le niveau de gravité.

Consulter le document de l’OMS

Autre précaution essentielle : ce document concernait la grippe pandémique, pas encore le SARS-CoV-2.

Il serait donc excessif d’en conclure que l’OMS savait dès 2019 que les mesures appliquées en 2020 seraient inutiles.

Mais la comparaison entre les deux périodes reste intéressante.

En février 2020, après sa mission en Chine, l’OMS adopte un langage considérablement plus offensif. Son rapport salue l’utilisation chinoise de mesures non pharmaceutiques « rigoureuses » et recommande aux pays touchés la recherche active des cas, leur isolement rapide, un traçage minutieux des contacts et leur quarantaine. Il envisage également, si nécessaire, la suspension des rassemblements et la fermeture des écoles et des lieux de travail.

Lire le rapport de la mission conjointe OMS-Chine

Le rapport considère même que l’expérience chinoise fournit alors des enseignements déterminants pour la réponse mondiale.

On peut discuter cette évolution. On peut surtout demander avec quel niveau de preuve, dans l’urgence, certaines observations réalisées en Chine sont devenues des modèles internationaux.

Mais parler d’un simple renversement effectué « sans aucune donnée nouvelle » serait également trompeur : entre septembre 2019 et février 2020 était apparu un nouveau virus, avec de nouvelles observations épidémiologiques.

La véritable question n’est donc pas : l’OMS a-t-elle mystérieusement oublié toute la science en quatre mois ?

Elle est plutôt : comment décide-t-on, dans une situation d’incertitude extrême, qu’une politique expérimentée dans un régime autoritaire doit devenir une référence mondiale ?

Event 201 : répétition générale ou exercice de préparation ?

Puis vient un événement devenu presque mythologique dans certains récits sur la pandémie.

Le 18 octobre 2019, à New York, le Johns Hopkins Center for Health Security, la Fondation Bill & Melinda Gates et le Forum économique mondial organisent Event 201, une simulation de pandémie provoquée par un coronavirus fictif.

Le scénario imaginait un virus zoonotique passant des chauves-souris aux porcs puis à l’être humain avant de se répandre mondialement. L’exercice réunissait quinze responsables issus du monde de l’entreprise, de la santé et des institutions internationales.

Consulter les archives officielles d’Event 201

Contrairement à ce qui est affirmé dans la vidéo, Anthony Fauci et Tedros Adhanom Ghebreyesus ne figurent pas parmi les participants officiels. Le directeur du CDC chinois de l’époque, George Gao, était en revanche présent, ainsi que Chris Elias de la Fondation Gates et plusieurs personnalités issues de grandes institutions internationales.

Le plus intéressant concerne peut-être la communication.

Parmi les recommandations finales d’Event 201 figurait la nécessité pour les gouvernements et les entreprises technologiques de combattre activement la désinformation lors d’une pandémie. Les organisateurs envisageaient une coopération étroite avec les médias et plateformes numériques afin de privilégier les messages considérés comme fiables et de limiter la diffusion d’informations jugées fausses.

Event 201 ne prouve évidemment pas que la pandémie avait été planifiée.

Des exercices de préparation aux pandémies existaient depuis longtemps.

Mais rétrospectivement, l’événement montre quelque chose d’intéressant : avant même le Covid, la gestion de l’information était déjà considérée comme une composante centrale de la gestion sanitaire.

Et en 2020, cette frontière entre information, communication publique et contrôle du récit deviendra l’un des sujets les plus explosifs de la crise.

Bill Gates : quand un milliardaire devient un acteur de santé mondiale

L’autre personnage central de cette histoire est Bill Gates.

Son influence dans la santé mondiale n’a rien de secret.

En 1999, sa fondation annonce un engagement initial de 750 millions de dollars en faveur de ce qui deviendra Gavi, l’Alliance du vaccin. L’organisation sera officiellement lancée à Davos en janvier 2000 avec l’OMS, l’UNICEF, la Banque mondiale, des gouvernements et des acteurs privés.

Fondation Gates : lancement de l’Alliance mondiale pour les vaccins

En janvier 2010, toujours à Davos, Bill et Melinda Gates annoncent 10 milliards de dollars sur dix ans pour la recherche, le développement et la diffusion des vaccins dans les pays pauvres : la fameuse « décennie des vaccins ».

Annonce de la « décennie des vaccins »

Le programme mondial qui en découle sera ensuite porté par une coalition dans laquelle figure notamment Anthony Fauci. Le Global Vaccine Action Plan sera finalement approuvé par l’Assemblée mondiale de la santé en 2012.

Global Vaccine Action Plan – OMS

Tout cela est public.

Et c’est précisément pourquoi la question démocratique mérite d’être posée.

Car la Fondation Gates n’est pas un État.

Elle ne dispose d’aucun électorat.

Pourtant, sa puissance financière lui permet d’agir au niveau où se définissent les priorités internationales de santé. L’OMS reconnaît elle-même qu’une part importante de son financement provient de contributions volontaires et qu’une partie de ses ressources provient de fondations philanthropiques, au premier rang desquelles la Fondation Gates.

OMS : état du financement de l’organisation

Ce n’est pas la preuve d’une corruption.

Mais c’est une architecture de pouvoir.

Et comme dans une forêt, celui qui contrôle l’accès à l’eau finit nécessairement par influencer ce qui pousse autour.

Politico et Die Welt : l’enquête qui dérange

En septembre 2022, Politico et Die Welt ont consacré une vaste enquête à quatre acteurs : la Fondation Gates, Wellcome, Gavi et le CEPI.

Selon leur travail, ces organisations étroitement interconnectées avaient engagé près de 10 milliards de dollars dans la réponse mondiale au Covid tout en bénéficiant d’une capacité d’influence considérable auprès des gouvernements et de l’OMS. L’enquête soulignait surtout leur faible niveau de contrôle démocratique comparativement à celui imposé aux institutions publiques.

Lire l’enquête de Politico

Lawrence Gostin, professeur de droit de la santé publique à Georgetown et défenseur reconnu des politiques sanitaires internationales, formulait alors une critique particulièrement sévère : lorsque l’argent donne également accès aux décideurs derrière des portes fermées, l’influence devient problématique parce qu’elle échappe au regard démocratique.

Le débat devrait pouvoir s’arrêter là quelques secondes.

Car nul besoin d’imaginer une salle secrète remplie de milliardaires caressant un chat blanc.

Le problème institutionnel est déjà suffisamment sérieux.

Lorsqu’un petit nombre d’organisations privées finance la recherche, conseille les gouvernements, participe aux organismes internationaux, finance certaines de leurs structures et contribue ensuite à définir les solutions retenues, où commence exactement le conflit d’intérêts ?

Et surtout : qui contrôle ceux qui conseillent ceux qui gouvernent ?

Fauci : le retour des questions que l’on croyait enterrées

L’affaire a repris une dimension politique majeure aux États-Unis.

Le 19 janvier 2025, Joe Biden a accordé à Anthony Fauci une grâce préventive extrêmement large, couvrant d’éventuelles infractions fédérales commises entre janvier 2014 et la date de la grâce dans le cadre de ses fonctions au NIAID et de son rôle pendant la pandémie. Aucune condamnation préalable n’était nécessaire pour qu’une telle grâce soit juridiquement possible.

Département américain de la Justice : grâces accordées par Joe Biden

Puis, le 29 juillet 2026, Fauci a comparu devant une commission du Sénat présidée par Rand Paul.

Il a invoqué à plus de cent reprises le cinquième amendement, qui protège contre l’auto-incrimination, refusant ainsi de répondre aux questions qui lui étaient posées. Fauci affirme que la procédure constitue une tentative politiquement motivée de le piéger ; Rand Paul soutient au contraire qu’il cherche à établir les responsabilités entourant la gestion du Covid et le financement de recherches menées à Wuhan.

Le 6 août, la commission sénatoriale a voté pour le reconnaître coupable d’outrage au Congrès et Rand Paul a demandé au département de la Justice d’envisager des poursuites.

Parallèlement, plusieurs procureurs généraux d’États américains, notamment en Floride, ont ouvert des investigations portant entre autres sur d’éventuels bénéfices personnels tirés de son rôle pendant la pandémie. À ce stade, il s’agit d’enquêtes et d’allégations, pas de culpabilité établie.

Communiqué du procureur général de Floride

Cette distinction est fondamentale.

La justice sert précisément à transformer les soupçons en preuves — ou à démontrer qu’ils étaient infondés.

Et Jeffrey Epstein dans tout cela ?

C’est ici que le terrain devient glissant.

Les relations entre Bill Gates et Jeffrey Epstein sont désormais documentées bien au-delà des anciennes rumeurs.

Une enquête externe commandée par la Fondation Gates et révélée en 2026 a conclu que Gates et certains collaborateurs de sa fondation avaient rencontré Epstein à de nombreuses reprises entre 2011 et 2014, notamment autour d’un projet de fonds philanthropique qui ne verra jamais le jour. Epstein avait également facilité la relation avec Terje Rød-Larsen, alors président de l’International Peace Institute. La fondation affirme qu’aucune activité illégale n’a résulté de ces relations, tandis que Gates a reconnu depuis longtemps une grave erreur de jugement dans sa fréquentation d’Epstein.

L’International Peace Institute a effectivement organisé à Genève, en septembre 2015, une conférence intitulée « Preparing for Pandemics », consacrée aux leçons à tirer des crises sanitaires précédentes et à la préparation des futures épidémies.

International Peace Institute : Preparing for Pandemics

Des documents rendus publics ont également montré le rôle trouble joué par Epstein dans certains échanges entourant l’IPI et ses relations avec la Fondation Gates.

Mais aucune de ces pièces ne démontre qu’Epstein, Gates ou l’IPI auraient préparé le Covid.

Voilà précisément l’endroit où une enquête sérieuse doit savoir s’arrêter.

Un lien n’est pas une causalité. Une proximité n’est pas une preuve. Une chronologie troublante n’est pas une condamnation.

Sinon, la recherche de vérité finit par fabriquer exactement les raccourcis qu’elle reproche au discours officiel.

Le véritable scandale pourrait être systémique

Reste alors quelque chose de beaucoup plus profond.

Le système de santé mondiale moderne repose désormais sur un entrelacement extraordinairement dense entre institutions publiques, gouvernements, fondations philanthropiques, industrie pharmaceutique, universités et organisations supranationales.

Dans ce système, les mêmes acteurs peuvent financer la recherche, participer aux structures qui définissent les priorités, financer les programmes qui en résultent et dialoguer directement avec les gouvernements chargés de les appliquer.

Aucun complot centralisé n’est nécessaire pour qu’un tel système produise de la conformité.

Il suffit d’un alignement d’intérêts.

C’est peut-être même plus difficile à combattre.

Un complot possède des conspirateurs. Un système possède des procédures, des carrières, des financements, des habitudes institutionnelles et des experts parfaitement convaincus d’agir pour le bien commun.

Et personne n’est vraiment responsable de l’ensemble.

La science ne devrait jamais demander la confiance aveugle

Il serait absurde de nier les morts provoquées par le Covid.

Il serait tout aussi absurde de prétendre que toutes les décisions prises pendant la crise étaient nécessairement justifiées parce qu’elles furent prises au nom de la science.

La science n’est pas une institution qui délivre des commandements.

C’est une méthode fondée sur le doute, la confrontation des hypothèses, la reproduction des résultats et la possibilité permanente de se tromper.

Lorsqu’une société commence à considérer certaines questions comme dangereuses simplement parce qu’elles dérangent ses institutions, elle quitte progressivement le terrain scientifique pour entrer dans celui de la communication politique.

Inversement, lorsqu’une critique transforme chaque anomalie en preuve d’un plan caché, elle abandonne elle aussi la méthode scientifique.

La ligne de crête est étroite.

Mais c’est probablement là que devrait se tenir le journalisme.

Qui contrôlera les prochains gestionnaires de crise ?

Le Covid finira peut-être par devenir moins important pour ce qu’il révélera sur un virus que pour ce qu’il aura révélé sur nos institutions.

Nous avons découvert qu’en situation d’urgence, quelques organismes peuvent acquérir un pouvoir considérable en quelques semaines.

Nous avons découvert que la frontière entre expertise scientifique et décision politique pouvait devenir extrêmement floue.

Et nous avons découvert que des fortunes privées pouvaient désormais peser sur la santé mondiale avec une puissance comparable à celle de certains États.

Cela ne signifie pas que Bill Gates dirige secrètement la planète depuis un bunker sous Davos.

La réalité est peut-être beaucoup plus banale.

Et beaucoup plus préoccupante.

Nous avons progressivement construit une gouvernance mondiale dans laquelle ceux qui disposent de l’argent, de l’expertise et de l’accès aux institutions peuvent exercer un pouvoir immense sans jamais avoir besoin de solliciter directement le consentement des populations.

La prochaine pandémie viendra peut-être.

La véritable question est donc moins de savoir quel virus nous attend que de déterminer, avant qu’il arrive :

Qui aura le droit de décider pour nous — et qui aura le pouvoir de lui demander des comptes ?