Et si le fameux « État profond » n’était justement plus profond du tout ? S’il ne se cachait ni dans des caves obscures, ni derrière quelque société secrète, mais sous nos yeux, dans les institutions, les réseaux d’influence, les grandes organisations internationales, les cabinets de conseil et les mécanismes ordinaires de fabrication du pouvoir ? C’est la thèse défendue par Slobodan Despot dans un long entretien accordé à Neutrality Studies.
Éditeur, écrivain, traducteur et fondateur de l’Antipresse, Slobodan Despot pose sur l’époque un regard forgé par une double expérience : celle du monde slave et de l’ex-Yougoslavie où il est né, et celle de l’Europe occidentale où il vit et travaille depuis plusieurs décennies.
Son propos ne consiste pas seulement à commenter l’actualité.
Il tente d’en rechercher la structure.
Derrière Emmanuel Macron, les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient, les mutations culturelles, l’Union européenne, le Forum économique mondial ou la puissance américaine, Despot croit discerner une même transformation : le déplacement progressif du pouvoir hors des mécanismes démocratiques classiques vers des structures administratives, financières, technocratiques et informationnelles beaucoup moins directement contrôlées par les populations.
Une évolution qu’il résume par une formule provocatrice :
« L’État profond est totalement visible. »
Pour lui, le problème n’est donc peut-être plus de dévoiler ce qui serait caché.
Il est de comprendre ce que nous voyons déjà.
L’Antipresse : chercher « dans les choses plus que les choses »
L’histoire commence en décembre 2015.
Slobodan Despot et quelques proches lancent alors une simple lettre électronique adressée à leurs contacts. Leur ambition est modeste : proposer chaque semaine un contrepoint aux grands médias.
Despot parle volontiers des « médias de grand chemin », ces médias qui s’adressent à la masse et dont les grilles de lecture lui paraissent de plus en plus prévisibles.
Il explique qu’à ses yeux, lorsqu’un événement surgit, il devient souvent possible d’anticiper presque immédiatement la manière dont il sera raconté par les principaux médias.
Non parce qu’un chef d’orchestre secret dicterait nécessairement chaque article.
Mais parce que journalistes, institutions, responsables politiques et experts évolueraient dans un même cadre culturel et idéologique.
L’Antipresse naît précisément du désir de sortir de ce cadre.
La petite lettre devient progressivement une revue hebdomadaire disponible sous plusieurs formats : texte, PDF, liseuse et audio. Dix ans plus tard, elle touche un lectorat réparti dans plus de 80 pays selon Slobodan Despot.
Mais Despot insiste sur un point : l’objectif n’est plus seulement de produire de la contre-information.
Il s’agit de chercher le sens.
Une pensée de Victor Hugo lui sert de boussole :
« Il faut voir dans les choses plus que les choses. »
Autrement dit, ne pas simplement demander ce qui s’est passé.
Demander ce que l’événement révèle.
2020 : le moment de rupture
Dans le récit de Despot, l’année 2020 constitue un basculement majeur.
La pandémie de Covid-19, les confinements, les restrictions de circulation et les nombreuses mesures prises par les gouvernements occidentaux deviennent pour lui un laboratoire politique.
Son interprétation est radicale : au-delà de la dimension sanitaire, il voit dans cette période une gigantesque expérience sociale révélant jusqu’où les populations peuvent accepter des contraintes exceptionnelles lorsqu’elles sont placées dans un contexte de peur.
Cette lecture est celle de Despot et demeure politiquement controversée. Mais elle explique profondément la trajectoire prise par l’Antipresse à partir de cette période.
Ayant grandi dans la Yougoslavie socialiste et traduit plusieurs penseurs issus de l’expérience soviétique, notamment Alexandre Zinoviev, Despot affirme avoir immédiatement reconnu certains mécanismes qu’il rapproche des sociétés autoritaires : multiplication des injonctions, langage d’urgence, contrôle administratif, surveillance sociale et acceptation rapide de restrictions jusque-là difficilement imaginables.
Ce qui l’intéresse surtout est le bouleversement des repères.
École, santé, politique, culture, économie : pour une partie croissante de la population, les institutions continuent à porter les mêmes noms tandis que leur fonction semble se transformer.
Et lorsque le monde cesse de correspondre aux catégories avec lesquelles on a appris à le comprendre, le sentiment de désorientation devient presque inévitable.
C’est précisément là que Despot situe la mission de l’Antipresse : redonner une généalogie aux événements.
Car les sociétés humaines ont déjà traversé des crises, des empires, des effondrements institutionnels et des expériences totalitaires.
L’histoire ne se répète jamais exactement.
Mais elle possède une mémoire.
Macron ou la révolution de « l’extrême centre »
Lorsque l’entretien aborde la France, le ton se durcit brutalement.
Slobodan Despot refuse même presque systématiquement de prononcer le nom d’Emmanuel Macron, qu’il surnomme ironiquement « Nécron ».
Derrière la provocation se trouve une thèse beaucoup plus profonde.
Selon Despot, l’arrivée d’Emmanuel Macron en 2017 ne représenterait pas simplement une alternance politique supplémentaire.
Elle serait l’aboutissement d’un processus commencé bien auparavant : l’émancipation progressive d’une caste administrative, financière et technocratique par rapport aux médiations démocratiques traditionnelles.
Il compare cette évolution à celle qu’aurait connue le Royaume-Uni avec Margaret Thatcher puis Tony Blair.
Thatcher aurait profondément transformé le tissu industriel britannique.
Blair aurait poursuivi la transformation sur le terrain culturel.
En France, Despot voit une continuité entre Sarkozy, Hollande et Macron.
Les personnalités changent.
La direction générale demeure.
- Privatisation.
- Désindustrialisation.
- Affaiblissement des services publics.
- Déplacement des centres de décision.
- Transformation culturelle.
- Centralisation administrative.
- Montée en puissance de structures technocratiques éloignées du contrôle direct du citoyen.
« L’extrême centre »
Le centre politique se présente généralement comme l’espace de la modération.
Entre droite et gauche.
Entre révolution et réaction.
Entre les passions concurrentes.
Mais selon Despot, cette apparente modération masque parfois les transformations les plus radicales.
Il observe que nombre de bouleversements ayant profondément modifié les sociétés européennes depuis trente ans n’ont été réalisés ni par l’extrême droite ni par l’extrême gauche.
Ils ont été conduits par des gouvernements centristes ou sociaux-libéraux.
Sa métaphore est particulièrement efficace :
De l’acide sulfurique vendu dans un emballage de camomille.
Les mots sont rassurants.
Les transformations beaucoup moins.
Les Jeux olympiques de Paris : la politique jusque dans le spectacle
Despot applique cette grille de lecture à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024.
Il ne s’attarde pas seulement sur les polémiques esthétiques ou religieuses qui ont entouré certaines séquences.
Ce qu’il croit observer est plus vaste : la disparition progressive de la frontière entre événement sportif, message politique et transformation culturelle.
Dans sa lecture, le pouvoir contemporain ne se contente plus de gouverner.
Il cherche également à redéfinir les représentations collectives.
Sport, culture, cérémonies, école ou publicité deviennent alors autant de terrains où s’exprime une vision du monde.
Despot parle de transgression.
Les symboles traditionnels ne seraient plus simplement abandonnés.
Ils seraient volontairement déconstruits, détournés ou remplacés afin de montrer que l’ancien monde ne reviendra pas.
On peut naturellement discuter cette interprétation.
Mais elle soulève une question plus large : pourquoi les grands événements contemporains semblent-ils presque systématiquement devoir devenir des vitrines idéologiques ?
Le sport ne peut-il plus être seulement du sport ?
Peut-être serait-ce aujourd’hui une idée dangereusement révolutionnaire.
L’Amérique : fascination culturelle et rejet impérial
Le regard de Slobodan Despot sur les États-Unis est beaucoup plus complexe qu’un simple anti-américanisme.
Il affirme au contraire aimer profondément la culture américaine.
- La littérature.
- La poésie.
- Le rock.
- Le cinéma.
La formidable énergie créatrice d’un pays capable de produire aussi bien des œuvres lumineuses que des visions particulièrement sombres de l’humanité le fascine.
Il évoque notamment la littérature américaine du XIXe siècle et parle avec admiration de l’œuvre de David Lynch.
Cette Amérique-là lui plaît.
Mais une autre Amérique l’inquiète : celle de l’empire.
Car derrière le formidable rayonnement culturel américain existe également, selon lui, une immense infrastructure de puissance.
Cinéma, musique, technologies, industrie, aviation, consommation : l’Amérique a façonné une partie considérable de l’imaginaire mondial.
Et ce soft power accompagne nécessairement une puissance économique, militaire et diplomatique.
Despot refuse donc de choisir entre fascination et rejet.
Les États-Unis sont simultanément, à ses yeux, un extraordinaire foyer de créativité et un empire capable de défendre brutalement ses intérêts.
On peut aimer Kerouac sans aimer le Pentagone.
Apprécier Lynch sans souhaiter devenir une dépendance stratégique de Washington.
La civilisation possède parfois cette délicate manie de ne pas entrer dans les cases prévues pour elle.
L’État profond ? « Il n’y a rien de secret »
C’est probablement le moment le plus intéressant de l’entretien.
Interrogé sur ce que l’on appelle couramment l’État profond, Slobodan Despot commence par contester l’expression elle-même.
Pour lui, elle est mauvaise.
L’État profond n’est pas profond.
Il serait même largement superficiel.
Visible. Documenté. Institutionnalisé.
Il préfère parler d’une sociologie du pouvoir.
Son raisonnement est simple.
Dans toute société existent les institutions officielles : gouvernements, parlements, administrations.
Mais autour de ces structures gravitent une multitude d’acteurs capables d’exercer une influence considérable :
- grandes entreprises ;
- banques ;
- fonds d’investissement ;
- cabinets de conseil ;
- organisations internationales ;
- fondations ;
- ONG ;
- think tanks ;
- réseaux économiques ;
- médias ;
- groupes industriels ;
- institutions supranationales.
Aucun de ces acteurs ne constitue nécessairement à lui seul un gouvernement clandestin.
Mais leur interaction peut produire une structure de pouvoir.
Despot cite notamment le Forum économique mondial de Davos, qu’il considère comme l’un des lieux de coordination de cette élite transnationale.
Il évoque également les déclarations de Klaus Schwab concernant la présence d’anciens participants aux programmes liés au Forum économique mondial parmi de nombreux responsables politiques internationaux.
Dans l’interprétation de Despot, le problème essentiel est moins l’existence de ces réseaux — tous les pouvoirs ont toujours fonctionné en réseaux — que leur capacité croissante à agir en marge du contrôle démocratique direct.
L’un de ses maîtres intellectuels, Alexandre Zinoviev, lui fournit une image particulièrement efficace.
Pour comprendre qui détient réellement le pouvoir, explique Despot en reprenant la pensée de Zinoviev, inutile d’observer uniquement les débats parlementaires.
Il faut regarder qui peut entrer dans le bureau du chef de l’État sans frapper et mettre les pieds sur la table.
Voilà peut-être une définition beaucoup plus concrète du pouvoir.
Non pas seulement celui qui possède officiellement le fauteuil.
Mais celui que le détenteur du fauteuil est obligé d’écouter.
Trump et le « gouvernement global en exil »
L’arrivée de Donald Trump modifie selon Despot la géographie de cette structure.
Pendant plusieurs décennies, Washington aurait constitué le centre principal du système globaliste occidental.
Mais le trumpisme a provoqué une rupture partielle à l’intérieur même des États-Unis.
Despot ne fait pas pour autant de Trump un héros.
Il souligne ses contradictions, ses dépendances et les limites de sa politique étrangère.
Mais il considère que l’apparition du trumpisme a perturbé une partie de l’establishment américain.
Conséquence inattendue : selon lui, le centre de gravité idéologique du globalisme se serait progressivement déplacé vers l’Europe.
Bruxelles. Berlin. Paris. Londres.
D’où cette expression utilisée dans l’Antipresse :
« Le gouvernement global en exil. »
Une formule qui décrit moins une organisation véritable qu’un déplacement de l’imaginaire politique.
Tandis qu’une partie de l’Amérique tente de retrouver des formes de souveraineté nationale, l’Europe poursuivrait au contraire son intégration technocratique.
Ukraine : une guerre qu’il faut comprendre dans le temps long
L’entretien aborde ensuite la guerre en Ukraine.
Slobodan Despot adopte ici une lecture profondément influencée par son histoire personnelle et sa connaissance du monde slave.
Pour lui, réduire le conflit à février 2022 empêche d’en comprendre les racines.
Il faut, selon son analyse, remonter à l’élargissement de l’OTAN, aux événements ukrainiens de 2014, au Donbass, aux accords de Minsk et, plus loin encore, à la longue histoire de la frontière entre mondes occidental et orthodoxe.
Despot insiste notamment sur le caractère civilisationnel du conflit.
Il voit la Russie contemporaine comme une société tentant, après l’expérience soviétique, de retrouver certains éléments d’une identité russe traditionnelle, chrétienne et familiale.
L’Europe occidentale suivrait selon lui un mouvement culturel presque inverse.
Le conflit serait donc simultanément militaire, géopolitique et civilisationnel.
Sa conviction est que la Russie ne peut accepter une défaite stratégique existentielle en Ukraine.
Non parce qu’elle serait nécessairement invincible, mais parce que ses dirigeants considèrent que leur sécurité fondamentale est engagée.
D’où le danger.
Plus la guerre se prolonge, plus les puissances occidentales s’impliquent directement.
Plus cette implication augmente, plus la frontière entre guerre ukraino-russe et confrontation OTAN-Russie devient fragile.
Et derrière cette frontière existe l’arsenal nucléaire.
C’est sans doute le point le moins spectaculaire et pourtant le plus inquiétant du raisonnement.
Les guerres peuvent commencer dans l’enthousiasme.
Elles ne demandent pas toujours la permission pour changer de nature.
Iran : quand le pétrole rappelle brutalement la réalité
La confrontation autour de l’Iran, d’Israël et des États-Unis lui permet de développer une autre idée.
Pour Despot, les grands conflits contemporains ramènent sans cesse nos sociétés à une réalité matérielle que leurs discours officiels tendent parfois à oublier :
l’énergie reste au cœur de la puissance.
- Pétrole.
- Gaz.
- Routes commerciales.
- Détroits.
- Infrastructures.
- Ressources.
Toutes les grandes déclarations sur la décarbonation du monde moderne viennent buter sur cette évidence : les sociétés industrielles dépendent encore fortement des ressources énergétiques traditionnelles.
Le détroit d’Ormuz est donc infiniment plus qu’un simple passage maritime.
Il constitue l’un des points névralgiques de l’économie mondiale.
Despot replace également les relations entre l’Iran et les puissances occidentales dans une histoire plus longue, notamment le renversement du Premier ministre iranien Mohammad Mossadegh en 1953 avec l’implication des services britanniques et américains.
Ici encore, son idée est la même.
Le présent possède toujours une généalogie.
Un conflit qui semble soudain est parfois la dernière secousse d’une histoire commencée plusieurs générations auparavant.
Quand la guerre devient un modèle économique
Mais Despot va plus loin.
Selon lui, certaines structures industrielles, financières ou politiques ne font pas que subir les guerres.
Elles peuvent aussi y trouver leur intérêt.
- Industrie de défense.
- Reconstruction.
- Flux financiers exceptionnels.
- Budgets militaires.
- Endettement public.
- Marchés énergétiques.
- Contrats gouvernementaux.
La guerre devient alors une gigantesque redistribution de ressources.
Ce qui ne signifie évidemment pas que chaque guerre serait déclenchée exclusivement pour enrichir quelques entreprises.
La réalité géopolitique est rarement aussi simple.
Mais Despot invite à poser une question essentielle :
À qui profite matériellement la prolongation d’un conflit ?
C’est souvent une question plus utile que de demander uniquement quels slogans justifient officiellement la guerre.
Il imagine même notre époque entrant progressivement dans une situation où la guerre ne serait plus une parenthèse entre deux périodes de paix.
Elle deviendrait un état permanent.
Une guerre en remplaçant une autre.
Ukraine.
Moyen-Orient.
Demain peut-être ailleurs.
Une sorte de bruit de fond géopolitique permettant de justifier en permanence l’exception.
Or l’Histoire connaît bien cette mécanique.
L’exception possède une étrange tendance à devenir la norme lorsqu’on lui laisse suffisamment de temps.
Comment sortir du système ?
La réponse de Despot surprend.
Il ne propose ni parti.
Ni révolution électorale.
Ni programme gouvernemental.
Ni nouvel homme providentiel.
Car selon lui, un système de pouvoir ne peut survivre que parce que ceux qui le critiquent continuent également à en dépendre.
Nous condamnons la bureaucratie mais sommes fiers lorsque nos enfants intègrent une grande administration.
Nous dénonçons les institutions européennes mais acceptons volontiers leurs emplois et leurs rémunérations.
Nous critiquons les cabinets de conseil mais rêvons parfois des carrières qu’ils proposent.
Nous dénonçons la société de consommation tout en organisant notre existence autour d’elle.
Autrement dit :
Le système existe également en nous.
Pour Despot, aucune transformation politique profonde n’est possible tant que la critique intellectuelle n’est pas reliée aux décisions quotidiennes.
- Consommer.
- Travailler.
- Éduquer.
- Informer.
- Choisir.
- Refuser.
- Créer.
La véritable autonomie commencerait lorsque certaines choses deviendraient tout simplement impossibles à acheter.
Et notamment les individus.
Alexandre Zinoviev : « Je suis un État à moi tout seul »
L’entretien se termine sur une figure essentielle de la pensée de Slobodan Despot : Alexandre Zinoviev.
Logicien, écrivain et dissident soviétique, Zinoviev fut expulsé d’URSS avant de s’installer en Occident.
Mais contrairement à de nombreux dissidents, il ne transforma pas immédiatement l’Ouest en paradis idéologique.
Il l’observa avec la même cruauté analytique que l’Union soviétique.
Après avoir étudié l’Homo sovieticus, il entreprit d’analyser ce qu’il appelait l’occidentisme.
Quel type humain fabrique la société occidentale ?
Quelles structures sociales se cachent derrière ses discours sur la liberté ?
Quel pouvoir possède réellement le citoyen entre deux élections ?
Despot rapporte cette formule de Zinoviev :
« Je suis un État à moi tout seul. »
Elle résume probablement toute la philosophie politique développée durant l’entretien.
Être un État à soi tout seul ne signifie pas vivre dans une cabane au fond des bois en déclarant son indépendance fiscale au premier sanglier venu.
Cela signifie conserver une souveraineté intérieure.
- Pouvoir penser sans attendre l’autorisation du groupe.
- Pouvoir distinguer ce que l’on sait de ce que l’on nous demande de croire.
- Pouvoir accepter les conséquences de ses convictions.
- Pouvoir dire non.
Le véritable enjeu : relier le savoir à la volonté
À la fin de l’entretien, Slobodan Despot revient finalement à l’objectif de l’Antipresse.
Avec d’autres médias, chercheurs, auteurs ou analystes indépendants, il estime participer à la construction d’un espace intellectuel capable de résister à ce qu’il appelle la « fabrication et manipulation des consciences en masse ».
Mais informer ne suffit pas.
Lire ne suffit pas.
Comprendre ne suffit même pas.
Car une société peut parfaitement comprendre les mécanismes qui la dominent tout en continuant chaque matin à les reproduire.
Le véritable passage est ailleurs :
Relier la connaissance à la volonté.
Faire correspondre ce que nous savons du monde aux choix que nous effectuons dans notre propre existence.
C’est peut-être là que la réflexion de Slobodan Despot devient la plus intéressante.
Car le pouvoir moderne n’a peut-être effectivement plus besoin d’être totalement secret.
Nous connaissons les institutions.
Nous connaissons les réseaux.
Nous connaissons les intérêts financiers.
Nous connaissons parfois même les mécanismes de propagande et de communication.
Et pourtant tout continue.
Peut-être parce que le système le plus efficace n’est pas celui que personne ne voit.
C’est celui que tout le monde voit, que beaucoup critiquent…
mais auquel presque personne ne veut réellement renoncer.
Voilà pourquoi l’expression « État profond » est peut-être trompeuse.
Le pouvoir n’est pas toujours enterré sous nos pieds.
Parfois, il est simplement devant nous.
En pleine lumière.
Et nous avons fini par ne plus le regarder.
