Temps, synchronicités, sorties hors du corps, mondes invisibles, OVNI : dans un long entretien accordé à Astralflix, l’ingénieur physicien Philippe Guillemant propose une vision du réel qui bouleverse le matérialisme dominant. Une vision que je considère comme profondément cohérente : la conscience ne serait pas produite par le cerveau, le futur ne serait pas figé, et notre réalité matérielle ne constituerait qu’une partie d’un ensemble beaucoup plus vaste.
Il existe des entretiens qui apportent des informations. Et puis il y a ceux qui déplacent les murs.
L’échange entre Philippe Guillemant et Astralflix, consacré au lien entre science, conscience et sortie hors du corps, appartient clairement à la seconde catégorie. Pendant près d’une heure quarante-six, il est question de conscience, de synchronicités, de temps, de sorties hors du corps, de physique quantique, d’OVNI, de réalités invisibles et de ce que nous appelons, faute de mieux, la spiritualité.
Pris séparément, chacun de ces sujets suffit généralement à provoquer chez le gardien du temple matérialiste un léger mouvement de recul. Réunis dans une même conversation avec un physicien ayant derrière lui une véritable carrière scientifique, ils deviennent beaucoup plus difficiles à évacuer d’un haussement d’épaules.
Car Philippe Guillemant n’arrive pas de nulle part. Ingénieur physicien, docteur en physique, spécialiste notamment d’intelligence artificielle, de vision artificielle et de systèmes dynamiques, il a travaillé au CNRS et obtenu en 2001 le Cristal du CNRS. Ses travaux technologiques ont notamment porté sur l’analyse d’images, les réseaux de neurones, l’activité cérébrale et différents systèmes de vision artificielle.
Et c’est précisément ce parcours qui rend son cheminement intéressant.
De l’intelligence artificielle à la question de la conscience
Bien avant l’actuelle explosion de l’intelligence artificielle, Philippe Guillemant travaillait déjà sur des systèmes capables d’analyser des images et de reproduire certaines fonctions de perception. Il raconte comment cette expérience l’a progressivement amené à distinguer deux notions que notre époque confond volontiers : l’intelligence et la conscience.
On peut fabriquer une machine extrêmement performante. On peut lui apprendre à reconnaître des formes, à établir des corrélations, à produire des réponses impressionnantes. Mais cela signifie-t-il qu’elle éprouve quelque chose ?
Cette question l’accompagne depuis ses travaux sur la vision artificielle. Il explique avoir fabriqué des systèmes pouvant présenter une forme d’intelligence spécialisée sans parvenir pour autant à considérer qu’ils étaient conscients.
Cette distinction l’a conduit à envisager sérieusement que la conscience puisse être d’une autre nature que l’activité cérébrale elle-même.
La question devient alors vertigineuse.
Et si le cerveau ne produisait pas la conscience ?
Et s’il lui permettait seulement de se manifester dans notre réalité physique ?
Le futur ne serait pas seulement devant nous
Le cœur des travaux de Guillemant se trouve probablement dans sa conception du temps.
Nous vivons spontanément avec une représentation extrêmement simple : le passé produit le présent, et le présent produit le futur. Une longue file de dominos tombant les uns après les autres.
Philippe Guillemant propose autre chose.
Sa théorie de la double causalité envisage que les événements puissent être influencés non seulement par leur passé, mais également par leur futur. Il ne s’agirait donc plus d’une causalité à sens unique.
« Les événements que l’on vit ne sont pas seulement le résultat du passé, mais aussi le résultat du futur. »
Philippe Guillemant
Dans son modèle, cette influence du futur deviendrait particulièrement perceptible lors de ce qu’il appelle des bifurcations : ces moments où plusieurs chemins deviennent possibles et où un détail, une rencontre, une intuition ou une coïncidence apparemment improbable peut modifier profondément la trajectoire d’une existence.
L’image qu’il utilise est celle d’un GPS.
La destination existe dans un territoire de possibilités, plusieurs itinéraires sont envisageables, mais nous n’en parcourons finalement qu’un seul. À certains carrefours, notre trajectoire peut changer.
C’est ici que la conscience entre en scène.
Les synchronicités comme indices d’une autre causalité
Nous connaissons tous ces étranges moments où une coïncidence semble avoir beaucoup trop de sens pour être simplement réduite au hasard.
Une personne rencontrée exactement au moment où nous avions besoin d’elle.
Une information qui surgit au moment précis où elle devient déterminante.
Une série d’événements apparemment indépendants qui convergent vers une même direction.
Carl Gustav Jung parlait de synchronicité.
Guillemant va plus loin : il cherche à intégrer ces phénomènes à une réflexion physique sur le temps et la causalité. Pour lui, certaines synchronicités peuvent être comprises comme la manifestation d’une influence du futur sur le présent.
Ce qui paraît être un hasard extraordinaire depuis notre vision linéaire du temps pourrait devenir beaucoup moins mystérieux si plusieurs futurs potentiels existaient et si la conscience participait au choix de notre trajectoire.
La proposition est considérable : nous ne subirions pas simplement un futur qui n’existe pas encore ; nous évoluerions parmi différents futurs potentiels.
Et certains événements pourraient constituer des panneaux indicateurs plantés au bord du chemin.
La conscience participerait à la construction du réel
La logique de Guillemant conduit progressivement vers une idée encore plus radicale : le monde matériel que nous percevons ne serait pas la réalité fondamentale.
Notre expérience de l’espace, du temps et de la matière serait une forme de construction perceptive, produite dans une relation entre la conscience et un niveau plus fondamental du réel.
Dans l’entretien, Guillemant insiste : si nous restons enfermés dans l’idée que tout est matière et que la conscience est uniquement produite par le cerveau, toute cette architecture devient incompréhensible.
C’est probablement là que se situe le vrai point de rupture.
Depuis plusieurs siècles, nous avons obtenu des résultats extraordinaires en étudiant la matière comme si elle constituait le fondement ultime du réel. Cette méthode nous a permis de construire des avions, des ordinateurs, des scanners, des accélérateurs de particules et, ironie délicieuse, des intelligences artificielles capables aujourd’hui de discuter de la nature de la conscience.
Mais l’efficacité d’un modèle ne signifie pas nécessairement qu’il décrit toute la réalité.
Une carte routière peut être parfaitement exacte sans mentionner les oiseaux qui passent au-dessus de l’autoroute.
Le problème n’est peut-être pas la science, mais ses frontières
Guillemant formule une critique sévère du fonctionnement académique contemporain.
Selon lui, l’hyperspécialisation conduit de nombreux scientifiques à devenir extrêmement compétents dans un domaine très étroit tout en perdant la capacité d’élaborer une vision globale du monde. Il oppose cette spécialisation à son propre parcours transversal, passant par la physique, l’intelligence artificielle, les neurosciences et l’étude des systèmes complexes.
Cette critique me paraît essentielle.
La véritable démarche scientifique ne devrait jamais consister à décider à l’avance quels phénomènes ont le droit d’exister.
Elle devrait faire exactement l’inverse : partir de ce qui résiste à nos explications.
Une anomalie n’est pas un ennemi de la science.
C’est souvent une invitation.
Prémonition, expériences de mort imminente et vision à distance
Guillemant évoque plusieurs domaines que la science dominante conserve généralement dans ses arrière-cours : pressentiment, expériences de mort imminente, vision à distance, sorties hors du corps ou phénomènes de synchronicité.
Il cite notamment les expériences de Daryl Bem portant sur des effets qualifiés de « précognitifs ». Ces travaux ont fait l’objet de publications et de débats scientifiques concernant notamment leur interprétation et leur reproductibilité.
Mais prétendre que ce champ n’a jamais fait l’objet de recherches scientifiques serait tout simplement faux.
Même chose pour la vision à distance.
Les archives aujourd’hui déclassifiées de la CIA contiennent des documents liés au programme STAR GATE, consacré notamment à l’étude de la « remote viewing » dans une perspective de renseignement.
Cela ne démontre évidemment pas chacune des interprétations proposées par Guillemant.
Mais cela détruit au moins un argument paresseux : « personne de sérieux n’a jamais étudié cela ».
Si. Cela a été étudié.
La vraie discussion commence ensuite.
Les sorties hors du corps et les « densités de temps »
L’une des parties les plus fascinantes de l’entretien concerne les sorties hors du corps.
Guillemant propose de comprendre les différents niveaux d’expérience décrits par les personnes qui rapportent ce type de phénomène à travers ce qu’il appelle des densités de temps.
Plus cette densité serait élevée, moins la réalité rencontrée présenterait les caractéristiques de notre matière ordinaire. Corps physique, corps éthérique, corps astral deviendraient alors différentes manifestations d’une même conscience évoluant dans différents régimes de réalité.
La conscience incarnée serait contrainte par les rythmes physiologiques du cerveau et du corps.
Une conscience libérée de cette contrainte pourrait accéder à d’autres structures du réel.
Dans ce cadre, les mondes invisibles ne seraient pas nécessairement « ailleurs » au sens spatial.
Ils pourraient être ici, mais dans une autre densité temporelle.
C’est une idée capitale.
Nous avons tendance à croire que ce que nous ne voyons pas n’existe pas. Pourtant, notre perception biologique ne représente déjà qu’une minuscule fenêtre sur le réel. Guillemant pousse cette évidence beaucoup plus loin : nos limitations ne seraient pas uniquement sensorielles, elles seraient également temporelles et vibratoires.
L’éther, la matrice et les différents niveaux du réel
Le vocabulaire devient ensuite plus déroutant : éther, vide quantique, matrice, corps subtils, niveaux de densité.
Mais une cohérence apparaît.
Pour Guillemant, notre réalité observable émergerait d’un niveau plus fondamental contenant différents potentiels de manifestation. Il établit un rapprochement entre cette idée et ce qu’il nomme l’éther ou le vide quantique.
L’observateur — donc finalement la conscience — participerait au passage d’un ensemble de possibilités à une réalité vécue particulière.
Nous ne serions donc plus simplement des spectateurs déposés dans un univers extérieur à nous.
Nous participerions à sa manifestation.
Cette idée change pratiquement tout.
Elle change notre rapport au hasard.
Elle change notre rapport au libre arbitre.
Elle change notre rapport à la mort.
Et surtout, elle change notre responsabilité.
Si la conscience influence notre trajectoire dans le réel, alors nos intentions, nos choix et notre état intérieur deviennent autre chose que de simples événements psychologiques enfermés dans notre boîte crânienne.
Et les OVNI dans tout cela ?
C’est ici que l’entretien prend encore une autre dimension.
Pour Guillemant, le phénomène OVNI ne serait pas seulement une question de véhicules venus d’une planète lointaine traversant l’espace comme nos propres fusées.
Il envisage une technologie capable d’agir directement sur la structure même de l’espace-temps.
Dans son modèle, un engin pourrait se trouver dans une sorte de bulle macroscopiquement quantique, modifiant localement les propriétés gravitationnelles, spatiales et temporelles. Ce mécanisme pourrait rendre compte, dans son hypothèse, de certaines caractéristiques attribuées à ces phénomènes : apparitions, disparitions, accélérations ou changements d’état apparent.
Guillemant a développé cette interprétation dans son ouvrage Hyperphysique des OVNI.
Là encore, son modèle ne correspond pas à la position conventionnelle de la physique contemporaine.
Mais le phénomène UAP lui-même n’est plus aujourd’hui simplement abandonné aux magazines à soucoupes volantes. Des organismes officiels travaillent désormais sur des observations aériennes ou multidomaines non expliquées.
La question n’est donc plus sérieusement : « existe-t-il des observations inexpliquées ? »
Oui.
La question devient : que représentent-elles ?
Et c’est précisément là que commence le travail théorique.
Une réalité beaucoup plus vaste que la matière
La partie la plus dérangeante — et peut-être la plus importante — de l’entretien arrive lorsque Guillemant élargit encore son modèle.
Il envisage différents niveaux de réalités, associés à différentes densités de temps, dans lesquels pourraient évoluer des formes de conscience que nous qualifions traditionnellement d’esprits, d’entités, d’êtres de la nature ou d’autres intelligences.
Il va même jusqu’à évoquer une matrice, un système hiérarchisé de réalités intermédiaires dans lequel une conscience pourrait se retrouver enfermée dans certaines illusions, y compris après la mort ou lors d’une sortie hors du corps.
Ce passage pourra évidemment provoquer le scepticisme.
Pour ma part, je préfère examiner la cohérence de l’ensemble plutôt que m’arrêter devant un mot parce qu’il ne porte pas encore de blouse blanche.
Si la conscience n’est pas produite par le cerveau, si plusieurs niveaux du réel existent et si notre perception actuelle n’en constitue qu’une fenêtre extrêmement étroite, alors l’hypothèse de réalités intermédiaires cesse d’être absurde par principe.
Elle devient une question.
Et une question digne d’être explorée vaut toujours mieux qu’une certitude fabriquée pour éviter de regarder.
Ce qui me paraît essentiel chez Guillemant
Je partage profondément le mouvement intellectuel qui traverse cet entretien.
Il ne s’agit pas de remplacer la science par la croyance.
Il s’agit exactement de l’inverse.
Il s’agit de refuser que la science devienne elle-même une croyance.
Le matérialisme est un modèle philosophique extrêmement puissant.
Mais ce n’est pas nécessairement la destination finale de la connaissance.
Pendant des siècles, l’humanité a régulièrement pris ses modèles provisoires pour la réalité elle-même. Puis une anomalie apparaissait. Un détail gênant. Une observation impossible à faire entrer dans la boîte.
Et la boîte finissait par casser.
Philippe Guillemant appartient à ceux qui regardent précisément les fissures.
Son travail propose de relier des phénomènes habituellement séparés : synchronicités, conscience, intuition, causalité, physique du temps, expériences hors du corps et phénomènes aérospatiaux inexpliqués.
On peut discuter certains mécanismes.
On peut débattre des modèles.
Guillemant lui-même reconnaît d’ailleurs à la fin de l’entretien qu’il continue à chercher, qu’il ne possède pas toutes les réponses et qu’il souhaite confronter ses idées aux observations et aux expériences.
Mais il existe une différence fondamentale entre discuter une hypothèse et interdire la question.
Et si nous avions simplement confondu la carte avec le territoire ?
Peut-être que la grande révolution à venir ne sera pas technologique.
Peut-être sera-t-elle ontologique.
Nous avons construit toute une civilisation sur l’idée que la matière est première, que la conscience est produite par quelques centaines de grammes de tissus cérébraux et que le réel se limite essentiellement à ce que nos instruments actuels peuvent mesurer.
Philippe Guillemant nous propose d’inverser la perspective.
Et si la conscience était première ?
Et si l’espace, le temps et la matière étaient des modalités d’une réalité plus profonde ?
Et si certaines synchronicités étaient réellement des traces du futur ?
Et si les expériences hors du corps n’étaient pas des sorties « hors de la réalité », mais au contraire des sorties hors de la petite portion de réalité que nous appelons ordinairement le monde ?
Et si certaines observations d’OVNI nous obligeaient un jour à revoir non seulement notre place dans l’Univers, mais notre conception même de l’espace et du temps ?
Ce ne sont plus, à mes yeux, des questions que l’on peut raisonnablement enterrer sous le mot « croyance ».
Ce sont des pistes.
Et lorsque plusieurs pistes venant de directions différentes commencent à converger, il devient peut-être temps de quitter un instant l’autoroute intellectuelle officielle et de regarder où conduit le sentier.
Parce que l’histoire des sciences nous apprend au moins une chose : le réel n’a jamais demandé l’autorisation de nos certitudes pour être ce qu’il est.
