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Enquête comparative — Christophe Saint-Pierre / Emmanuelle Gazel à Millau

Pendant douze ans, Millau aura connu deux municipalités aux orientations sensiblement différentes : Christophe Saint-Pierre entre 2014 et 2020, puis Emmanuelle Gazel de 2020 à 2026, avant le retour du premier à la mairie en mars 2026. Derrière les affrontements politiques, les accusations de mauvaise gestion et les bilans revendiqués par chacun, que disent réellement les comptes publics, les projets réalisés et les choix municipaux ?

Comparer deux maires est un exercice plus difficile qu’il n’y paraît.

Un équipement inauguré sous une municipalité peut avoir été imaginé et voté sous la précédente. Une dette peut diminuer alors que la situation financière se fragilise. À l’inverse, une commune peut continuer à emprunter tout en améliorant considérablement sa capacité à rembourser.

Et puis il y a les discours.

« Nous avons redressé les finances. »

« Nous avions lancé les projets qu’ils inaugurent. »

« La ville était proche de la tutelle. »

« La dette n’a pas diminué. »

Toutes ces affirmations peuvent contenir une part de vérité tout en donnant une représentation très incomplète de la réalité.

Pour comprendre ce qui distingue réellement les gestions de Christophe Saint-Pierre et d’Emmanuelle Gazel, il faut donc revenir aux documents budgétaires, aux observations de la Chambre régionale des comptes, aux délibérations municipales et à la chronologie réelle des investissements.

Et ce travail fait apparaître deux modèles de gestion effectivement différents.

Mais pas exactement de la manière dont leurs adversaires respectifs les décrivent.

2014 : Christophe Saint-Pierre conquiert Millau

Christophe Saint-Pierre devient maire de Millau en 2014.

Son projet s’inscrit rapidement dans une logique de transformation urbaine et d’attractivité.

La municipalité développe notamment le schéma Millau 2030, qui rassemble des projets concernant le centre-ville, le logement, le commerce, le patrimoine, les mobilités et les grands équipements.

Cette philosophie pourrait se résumer ainsi :

Investir pour transformer la ville et renforcer son attractivité.

C’est un modèle classique de maire aménageur.

La construction ou la préparation de nouveaux équipements devient un élément central de la politique municipale.

Plusieurs projets qui marqueront les années suivantes prennent alors naissance : complexe aquatique et salle d’escalade, opérations d’aménagement urbain, maison de santé, transformation de secteurs comme les Sablons ou encore rénovation d’équipements municipaux.

Mais cette politique se heurte progressivement à une contrainte majeure : les capacités financières de la ville.

Une situation financière déjà fragile

Un point mérite d’être immédiatement précisé.

Christophe Saint-Pierre ne reçoit pas en 2014 une commune disposant de marges financières considérables.

La dette du budget principal approche déjà les 30 millions d’euros, tandis que la capacité de désendettement se situe à un niveau relativement élevé.

Autrement dit, les difficultés financières de Millau ne commencent pas soudainement avec l’élection de Christophe Saint-Pierre.

Mais elles ne disparaissent pas non plus sous son mandat.

La Chambre régionale des comptes relève notamment que la capacité d’autofinancement de la commune reste fragile.

C’est probablement l’élément le plus important pour comprendre le débat financier.

Car la dette seule ne suffit pas à mesurer la santé financière d’une ville.

Une commune ayant 30 millions d’euros de dette et 5 millions d’euros d’épargne annuelle se trouve dans une situation très différente d’une commune ayant la même dette mais seulement 3 millions d’euros d’épargne.

Ce qui compte, c’est donc également la capacité à rembourser.

Et sur ce terrain, la situation millavoise reste tendue.

La hausse des impôts de 2016

En 2016, la municipalité Saint-Pierre choisit d’augmenter fortement les taux des impôts locaux.

Le taux de taxe d’habitation passe alors d’environ 19,06 % à 21,31 %.

Le taux du foncier bâti passe de 28,98 % à 32,40 %.

Le choix est clair : augmenter les recettes de la commune afin de restaurer des marges de manœuvre.

Mais selon la Chambre régionale des comptes, cette hausse ne suffit pas à améliorer durablement l’autofinancement.

La dette évolue durant le mandat autour d’une trentaine de millions d’euros, tandis que la capacité de désendettement reste relativement élevée.

Ce constat ne permet pas d’affirmer que Christophe Saint-Pierre aurait « ruiné Millau ».

Ce serait excessif.

Il montre en revanche qu’il existe, à la fin du mandat, une contradiction de plus en plus forte entre l’ambition du programme d’investissement et les marges financières disponibles.

Près de 48 millions d’euros d’investissements envisagés

À la veille de l’alternance de 2020, les perspectives d’investissement sont importantes.

Les documents examinés par la Chambre régionale des comptes évoquent environ 48 millions d’euros de dépenses d’équipement envisagées entre 2019 et 2024.

Le problème n’est pas nécessairement que ces investissements soient inutiles.

Certains peuvent être parfaitement justifiés.

La question est différente :

La ville possède-t-elle les moyens financiers de les réaliser simultanément ?

La Chambre régionale des comptes considère que sans arbitrages, certains scénarios conduiraient à une dégradation très importante des ratios financiers, avec une épargne nette susceptible de devenir négative et une capacité de désendettement dépassant les niveaux habituellement considérés comme prudents.

C’est probablement là que se situe la principale faiblesse du modèle Saint-Pierre.

Son ambition d’aménagement dépasse progressivement les marges financières disponibles.

2020 : Emmanuelle Gazel gagne pour 46 voix

En juin 2020, Emmanuelle Gazel remporte la mairie au terme d’un scrutin extrêmement serré.

Seulement 46 voix séparent les deux candidats.

Le changement de majorité entraîne également un changement de philosophie politique.

Emmanuelle Gazel devient parallèlement présidente de la Communauté de communes Millau Grands Causses.

Cette double responsabilité lui donne une capacité de coordination importante entre politiques municipales et intercommunales.

Son début de mandat est marqué par une idée centrale :

Rétablir des marges financières avant d’engager de nouveaux investissements importants.

La différence avec Christophe Saint-Pierre apparaît immédiatement.

Là où l’ancien maire considère principalement l’investissement comme moteur de transformation, la nouvelle municipalité place davantage la capacité financière comme préalable à l’investissement.

Un premier plan d’investissement limité à 25 millions d’euros

La nouvelle majorité construit initialement un programme pluriannuel d’investissements d’environ 25 millions d’euros pour la période 2021-2026.

Environ 10 millions doivent financer des projets déjà engagés.

10 millions doivent être consacrés au patrimoine.

Et environ 5 millions sont soumis à une grande consultation citoyenne.

Cette démarche constitue une autre caractéristique importante du mandat Gazel.

Audit citoyen sur les finances, votation sur les investissements, consultations publiques, budget participatif : la participation des habitants devient beaucoup plus institutionnalisée.

Il ne s’agit évidemment pas d’une garantie que toutes les décisions municipales deviennent collectives.

La démocratie participative possède elle aussi ses limites.

Mais objectivement, elle occupe une place beaucoup plus importante dans la gouvernance municipale entre 2020 et 2026.

Gazel a-t-elle réellement désendetté Millau ?

C’est l’un des points les plus intéressants de la comparaison.

La réponse courte est :

Pas vraiment, si l’on regarde uniquement le montant de la dette.

La dette propre de la ville reste globalement située autour de 30 millions d’euros durant le mandat.

Elle ne disparaît donc pas.

Il serait exagéré de présenter la période Gazel comme une spectaculaire politique de désendettement.

En revanche, quelque chose d’autre se produit.

La capacité de désendettement s’améliore fortement durant les premières années.

Elle était supérieure à dix ans en 2020.

Elle retombe ensuite autour de sept ans.

Pourquoi ?

Principalement parce que l’épargne et la capacité d’autofinancement progressent.

C’est une différence importante.

Emmanuelle Gazel ne transforme pas radicalement le stock de dette.

Elle améliore surtout, pendant plusieurs exercices, la capacité de la commune à supporter cette dette.

Pas de hausse des taux municipaux

Autre différence avec le mandat précédent : la municipalité Gazel maintient les taux fiscaux municipaux sans augmentation jusqu’à la fin de son mandat.

Les recettes fiscales peuvent néanmoins progresser, notamment en raison de la revalorisation nationale des bases.

Mais cette augmentation n’est pas le résultat d’un vote municipal augmentant les taux.

Sur ce terrain, la différence politique est donc relativement nette.

Christophe Saint-Pierre avait accepté en 2016 une augmentation importante de la fiscalité locale afin de renforcer les recettes municipales.

Emmanuelle Gazel privilégie davantage la maîtrise des dépenses, la recherche de subventions et l’amélioration de l’autofinancement.

Mais Gazel finit elle aussi par beaucoup investir

L’histoire devient cependant beaucoup plus intéressante lorsque l’on observe la fin du mandat.

Car le programme d’investissement initialement limité à environ 25 millions d’euros grossit progressivement.

À l’approche de la fin du mandat, la municipalité évoque désormais environ 39 millions d’euros d’investissements sur la période 2021-2026.

Autrement dit :

La municipalité qui avait commencé par dénoncer le caractère excessif des investissements programmés par son prédécesseur devient elle-même fortement investisseuse.

Ce n’est pas nécessairement contradictoire.

La différence peut résider dans la capacité financière retrouvée, dans les subventions obtenues, dans l’étalement des projets ou dans leur nature.

Mais cela interdit une représentation simpliste opposant un Saint-Pierre « dépensier » à une Gazel qui aurait gouverné uniquement par la sobriété.

Au terme de son mandat, Emmanuelle Gazel investit elle aussi massivement.

Une grande partie des projets Gazel vient pourtant du mandat précédent

C’est probablement le point le plus important pour comprendre la bataille politique autour des bilans.

Plusieurs équipements inaugurés ou réalisés sous Emmanuelle Gazel ont été imaginés ou engagés avant son arrivée.

Le complexe aquatique et la salle d’escalade en constituent l’exemple le plus évident.

Le projet est ancien et sa programmation précède l’élection de 2020.

Même phénomène concernant plusieurs opérations liées aux Sablons, à la maison de santé, à Paul-Tort ou à différents aménagements urbains.

Cela signifie-t-il que Gazel ne peut rien revendiquer ?

Non.

Une municipalité qui hérite d’un projet peut encore décider de l’abandonner, de le modifier, de le redimensionner, de rechercher ses financements puis d’en assurer la réalisation.

Mais présenter tous les équipements inaugurés entre 2020 et 2026 comme des créations de la seule municipalité Gazel serait historiquement faux.

Inversement, affirmer qu’elle n’aurait fait qu’inaugurer les projets de Saint-Pierre serait tout aussi réducteur.

La réalité municipale fonctionne rarement selon le calendrier électoral.

Les projets traversent les mandats.

La mystérieuse « dette cachée » de l’EHPAD

Autre sujet particulièrement conflictuel : la fameuse « dette cachée » de 16,6 millions d’euros concernant l’EHPAD.

L’expression a été régulièrement utilisée par la municipalité Gazel pour décrire l’héritage financier reçu en 2020.

Mais comptablement, la situation est plus subtile.

Cette somme correspond à une dette garantie par la commune, et non à un emprunt municipal ordinaire inscrit dans la dette propre de la ville.

La nuance est importante.

Une garantie d’emprunt constitue bien un risque financier réel : si l’organisme emprunteur ne peut plus payer, la commune peut être appelée en garantie.

Mais cela ne signifie pas que Millau doit immédiatement ajouter 16,6 millions d’euros à ses quelque 30 millions d’euros de dette propre.

Le terme « dette cachée » relève donc davantage du vocabulaire politique que de la terminologie comptable.

Il décrit un risque réel.

Mais il peut également donner au public l’impression que plusieurs dizaines de millions auraient été dissimulés dans les comptes municipaux.

Ce n’est pas ce que montrent les documents.

Deux philosophies urbaines

Les différences entre Saint-Pierre et Gazel ne sont pas seulement financières.

Elles apparaissent également dans la conception de la ville.

Sous Christophe Saint-Pierre, le développement urbain est principalement pensé autour de l’attractivité, de l’activité économique, du commerce et des équipements.

Le programme Millau 2030 illustre cette volonté de transformer le centre-ville et de renforcer son attractivité.

Sous Emmanuelle Gazel, la politique urbaine met davantage l’accent sur la végétalisation, la réduction de la circulation automobile, les déplacements doux et l’apaisement du centre-ville.

La limitation à 30 km/h, certaines expérimentations de piétonnisation ou le développement des aménagements cyclables en deviennent les symboles.

Ce choix provoque également des oppositions.

Le retour de Christophe Saint-Pierre en 2026 et sa volonté de réintroduire le 50 km/h sur certains axes montrent à quel point la question des mobilités constitue une véritable différence politique entre les deux équipes.

Une orientation sociale plus affirmée sous Gazel

La municipalité Gazel développe également davantage de politiques présentées explicitement comme sociales.

Cantine à un euro pour certains foyers, tarification sociale, mutuelle communale, épicerie sociale, gratuité de certains équipements culturels ou développement de dispositifs concernant la santé et la petite enfance constituent des marqueurs importants du mandat.

Cela ne permet évidemment pas d’affirmer que la pauvreté aurait diminué grâce à ces mesures.

Les statistiques sociales d’une ville dépendent largement de facteurs économiques nationaux, de l’emploi, des retraites, du logement ou de l’inflation.

Mais en termes d’orientation budgétaire et politique, la différence existe.

L’écologie devient également plus structurante

Les politiques environnementales occupent une place plus centrale dans le récit et les décisions du mandat Gazel.

Végétalisation, rénovation énergétique, développement du photovoltaïque, éclairage LED, mobilités douces ou projets de réseau de chaleur constituent un ensemble cohérent.

Il faut néanmoins distinguer les mesures ayant un impact énergétique réellement mesurable des opérations essentiellement symboliques ou esthétiques.

Planter quelques arbres et rénover thermiquement plusieurs bâtiments publics ne produisent évidemment pas le même effet.

Mais l’environnement devient incontestablement un axe beaucoup plus visible de la politique municipale.

Le commerce : impossible de distribuer les bons et les mauvais points

Le commerce est probablement l’un des domaines dans lesquels il faut être le plus prudent.

À la fin du mandat Saint-Pierre, la Chambre régionale des comptes relève une vacance commerciale importante dans le centre-ville.

Elle considère également que certaines stratégies commerciales intercommunales ont été développées relativement tardivement.

Mais comparer directement cette situation avec celle du mandat Gazel pose plusieurs problèmes.

D’abord parce que le développement économique dépend largement de la Communauté de communes.

Ensuite parce que le mandat Gazel commence avec une crise totalement exceptionnelle : celle du Covid.

Enfin parce qu’il n’existe pas toujours de séries homogènes permettant de comparer année après année le nombre de cellules commerciales vacantes selon exactement la même méthode.

Affirmer que l’un des deux maires aurait « sauvé » ou « détruit » le commerce millavois relèverait donc davantage du tract que de l’enquête.

La question du cinéma révèle parfaitement le problème

Le projet de cinéma constitue à lui seul une excellente illustration de la difficulté à juger les dépenses publiques.

Lors de la votation citoyenne de 2021, une enveloppe d’environ 350 000 euros est évoquée pour une rénovation.

Quelques années plus tard, les scénarios et montants envisagés deviennent considérablement plus importants.

Faut-il y voir un dérapage ?

Pas automatiquement.

Si le périmètre du projet change complètement, comparer uniquement le premier montant au dernier serait trompeur.

Mais cette évolution impose une véritable transparence :

  • Que devait financer exactement l’enveloppe initiale ?
  • Pourquoi le projet a-t-il changé ?
  • Quelles études ont conduit au nouveau scénario ?
  • Quels coûts de fonctionnement entraînera-t-il ?
  • Quelles subventions sont garanties ?
  • Existe-t-il d’autres solutions permettant de répondre au même besoin pour moins cher ?

C’est à ces questions que devrait répondre le débat public plutôt qu’à un affrontement entre « projet formidable » et « gaspillage scandaleux ».

Saint-Pierre a-t-il laissé Millau au bord de la faillite ?

Les documents ne permettent pas de le dire.

Ils permettent en revanche d’affirmer que la trajectoire financière était préoccupante et qu’un programme d’investissement trop important aurait pu placer la commune dans une situation difficile.

La Chambre régionale des comptes recommande clairement de revoir les ambitions d’investissement au regard des capacités financières.

Dire que tout allait parfaitement serait donc faux.

Dire que Millau était en faillite le serait également.

La ville était financièrement fragile, mais elle n’était pas ruinée.

Gazel a-t-elle sauvé les finances ?

Là encore, la réponse mérite d’être nuancée.

Elle améliore nettement plusieurs ratios financiers durant les premières années.

La capacité d’autofinancement augmente.

La capacité de désendettement diminue.

Les taux fiscaux municipaux ne sont pas augmentés.

Ces résultats sont réels.

Mais la dette reste globalement autour de 30 millions d’euros et la municipalité finit elle-même par engager un programme d’investissement très important.

Il est donc plus juste de parler de restauration des marges financières que de spectaculaire désendettement.

Saint-Pierre, le maire aménageur

À partir des faits, Christophe Saint-Pierre peut être décrit comme un maire développeur et aménageur.

Son idée principale semble être que la transformation matérielle de la ville produit à terme de l’attractivité, de l’activité économique et de la qualité de vie.

Cette stratégie conduit à programmer de nombreux investissements.

Sa force réside dans sa capacité à lancer des projets structurants.

Sa faiblesse apparaît lorsque ces projets s’accumulent plus rapidement que les capacités financières permettant de les soutenir.

Gazel, la maire arbitre devenue investisseuse

Emmanuelle Gazel pourrait être définie comme une maire arbitre et participative, devenue progressivement investisseuse.

Elle commence par remettre à plat les projets, restaurer l’autofinancement et associer davantage les habitants à certains arbitrages.

Elle développe une orientation plus sociale, écologique et participative.

Puis, une fois les marges financières améliorées, elle engage elle aussi un volume important d’investissements.

Les deux modèles finissent donc par se rapprocher sur un point : aucun maire d’une ville comme Millau ne peut durablement gouverner sans investir.

La différence se trouve davantage dans les priorités, la méthode de décision et la prise de risque financière.

Et les électeurs ont finalement tranché politiquement

En mars 2026, Christophe Saint-Pierre revient.

Et cette fois, il ne gagne pas de quelques dizaines de voix.

Il obtient 50,96 % dès le premier tour.

Emmanuelle Gazel recueille 40,53 %.

Le résultat constitue incontestablement un échec politique important pour la majorité sortante.

Mais même un résultat électoral aussi clair ne dit pas exactement pourquoi les électeurs ont voté.

Circulation ? Commerce ? Grands travaux ? Style de gouvernance ? Situation nationale ? Personnalités des candidats ?

L’élection mesure une sanction politique globale.

Elle ne constitue pas une expertise comptable du mandat précédent.

Alors, qui a mieux géré Millau ?

Ce serait tentant de terminer cette enquête par un podium.

Ce serait également lui faire perdre une bonne partie de son intérêt.

Car les documents racontent une histoire beaucoup plus subtile.

Christophe Saint-Pierre a laissé une situation financière fragile, mais également de nombreux projets structurants déjà engagés.

Emmanuelle Gazel a restauré des marges financières et développé de nouvelles politiques sociales, environnementales et participatives, avant de redevenir elle-même fortement investisseuse.

Saint-Pierre privilégie davantage la transformation urbaine et l’attractivité.

Gazel privilégie davantage l’arbitrage financier, la participation et la transition écologique.

L’un accepte davantage le risque financier associé à l’investissement.

L’autre cherche davantage à sécuriser les capacités financières avant de dépenser.

Mais aucun des deux bilans ne correspond vraiment à la caricature construite par le camp adverse.

Saint-Pierre n’a pas simplement « ruiné Millau ».

Gazel n’a pas simplement « réparé les dégâts ».

Et les équipements inaugurés sous une municipalité ne lui appartiennent pas nécessairement entièrement.

C’est peut-être finalement la principale conclusion de cette enquête.

En politique municipale, les mandats se succèdent mais les projets, les dettes, les contrats et les décisions traversent les élections.

On peut changer de maire en une soirée.

On ne change pas aussi facilement l’histoire financière d’une ville.

Les chiffres seuls ne racontent pas toute l’histoire. Mais sans eux, les discours politiques peuvent raconter à peu près n’importe laquelle.